Maurice Richard en 2000. Jean Béliveau en 2014. Mohamed Ali et Gordie Howe en l’espace de moins de deux semaines ce mois-ci… Décidément, la Grande Faucheuse n’épargne personne, encore moins nos légendes. Quand ces idoles prennent la route du paradis, ça fait encore plus mal. À croire qu’on pensait qu’elles étaient éternelles. Ces disparitions annoncent, une à une, le début de la fin d’une grande époque du sport.

Une grande époque marquée par le talent exceptionnel d’individus prêts à nous faire vivre des moments inoubliables sur leur terrain de prédilection, qu’il soit une patinoire, une arène, un terrain de football ou de soccer, une piste d’athlétisme, etc.

Des individus qui, par leurs prouesses, ont écrit des chapitres complets d’anthologie et ont permis au sport de sortir de l’ombre.

Des individus qui, malgré leurs exploits, gardaient les deux pieds sur terre, étaient près des gens, se montraient respectueux de leurs coéquipiers et de leurs partisans.

Des individus qui estimaient que la valeur du travail et de l’effort collectif comptaient davantage, que le «nous» l’emportait sur le «je», qui choisissaient d’être honnêtes avec eux-mêmes, l’organisation qui les employaient (ou celle qui les exploitaient) et le public qui les admiraient.

Des individus qui n’étaient pas pourris par les millions de dollars, comme on voit si souvent aujourd’hui, qui n’étaient pas déconnectés du quotidien de monsieur et madame tout-le-monde et qui n’étaient pas de véritables petites entreprises ambulantes sur deux jambes.

Des individus qui utilisaient justement leurs jambes, leurs bras, leur intelligence et leurs poings dans le seul but d’être meilleurs.

Des individus aux vrais muscles, qui n’avaient pas besoin de stimulants chimiques illégaux pour s’imposer face à leurs adversaires.

Plusieurs diront que c’était la belle époque – l’âge d’or du sport – et que leurs représentants étaient des vrais, des durs et des purs. Qu’ils savaient se défendre quand c’était nécessaire. Qu’ils dominaient grâce à leur talent et leur désir de vaincre. Qu’ils jouaient pour l’honneur davantage que pour l’argent. Qu’ils préféraient être dans l’action plutôt que d’être laissés de côté pour une quelconque blessure. Qu’ils savaient reconnaître la contribution et le sacrifice de ceux et celles qui payaient leurs salaires, c’est-à-dire les amateurs.

Le sport a toujours été le reflet fidèle de la société. Dans les années 1950 jusqu’aux années 1980, les communautés étaient tissées serrées. Les gens s’entraidaient. Chacun mettait la main à la pâte. Le tout était plus grand que la somme de ses parties.

Depuis deux semaines, les médias ont énormément parlé des qualités humaines de Mohamed Ali et de Gordie Howe. Le premier a permis à la boxe de briller au soleil, alors que l’autre a téléporté le hockey dans une autre dimension. Mais au-delà de leurs statistiques sportives hors normes, les gens qui ont parlé d’eux ont davantage retenu la gentillesse et le sentiment de partage de ces deux icônes. Ils ont unanimement évoqué pourquoi ils étaient de bonnes personnes.

Oui, de bonnes personnes…

On vit à une autre époque aujourd’hui. D’abord, le sport amateur et professionnel est devenu une immense entreprise qui vaut des milliards de dollars à travers la planète, une entreprise qui ne se gêne pas de payer ses valeureux soldats des dizaines de millions $ par année. Des soldats qui gagneront des fois en un mois plus que nous en gagnerons toute notre vie.

Le «je» a maintenant préséance sur le «nous» et les championnats, autrefois remportés à la sueur de leur front, au concept collectif inébranlable et avec la fierté de faire honneur au sport, ne sont plus aujourd’hui que le fruit d’un heureux hasard dans bien des cas.

Encore là, le sport reflète notre société actuelle, basée sur l’individualisme et au principe du plus fort la poche, même si c’est ton voisin.

Il y a 50 ans, Gordie Howe, Maurice Richard et Jean Béliveau devaient travailler pendant l’été pour obtenir un salaire décent afin de faire vivre sa famille. Maintenant, un P.K. Subban – qui n’a encore rien gagné – peut se promener en avion privé partout où il le veut, porter les costumes aussi flamboyants qu’il le désire, faire le fanfaron devant la moindre caméra qui se pointe vers lui, manquer de respect envers des légendes comme Guy Lafleur et Yvan Cournoyer et continuer à faire à sa tête parce qu’il sait que si ça ne fait pas à Montréal, il trouvera bien un endroit pour continuer ses pitreries grassement payées ailleurs.

Qu’un athlète tel que Gordie Howe prenne la peine de venir passer quelques jours à la pêche au thon dans un endroit aussi francophone que Caraquet, au milieu des années 1970, en dit long sur la bonté et la générosité de Monsieur Hockey. Et sur les valeurs de cette période aussi. Que le célèbre no 9 des Red Wings de Detroit ait laissé une forte impression auprès de tous ceux qui l’ont côtoyé, ne serait-ce que quelques secondes, démontre à quel point les grands sportifs de cette époque avaient gardé ce côté humain, terre-à-terre, qui en faisaient des personnes spéciales, mais aussi des personnes comme vous et moi.

Un à un, ces grands du sport amènent au ciel avec eux cette belle et grande époque. Bientôt, il ne restera plus que des souvenirs et la prochaine génération aura alors toute la place pour imposer sa façon de penser à travers leur richissime contrat et leur comportement égocentrique.

Pas certain que l’amateur en sort gagnant…

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