Comme nous avons vu plusieurs familles aux origines inconnues au cours des dernières semaines, je vous propose d’aller dans une autre direction pour cette dernière chronique avant la pause estivale.

Ce couple fondateur de Sainte-Anne-des-Pays-Bas (Fredericton) est un bel exemple de ce qu’on peut retracer en connaissant leurs origines. Les deux époux sont nés au Canada (Québec), mais de parents immigrants nés en France. La généalogie de couple pionnier est présenté ci-bas.

Si l’on connaît trois générations supplémentaires de la lignée Godin depuis un demi-siècle, la généalogie de Angélique Jeanne s’est beaucoup développée dans la dernière décennie. J’ai un intérêt particulier pour ce couple acadien, comme Angélique Jeanne est la petite-fille de mes aïeux Simon Savart et Marie Hordouille de Montreuil «sous le bois de Vincennes». De ce côté, la plupart des découvertes sont le fruit de mes propres recherches, mais avec l’aide de plusieurs collaborateurs en cours de route.

La famille Godin

C’est un article de Jean Godin (Mémoires, 1966) qui nous renseignait sur l’histoire et la généalogie la famille Godin.

Pierre Godin, baptisé à Châtillon-sur-Seine le 17 mai 1630, a fait partie de la Grande Recrue de 1653 destinée à peupler Montréal. Maître charpentier, il a été engagé à La Flèche le 23 mai 1653 à l’âge de 23 ans, par Maisonneuve et La Dauversière.

Gabriel Godin a participé à l’implantation du fort Saint-Joseph à Sainte-Anne-des-Pays-Bas (Fredericton) en 1692. Il en était le second lieutenant. – Gracieuseté CÉAAC (Le Nouveau Brunswick, 1984)
Gabriel Godin a participé à l’implantation du fort Saint-Joseph à Sainte-Anne-des-Pays-Bas (Fredericton) en 1692. Il en était le second lieutenant. – Gracieuseté CÉAAC (Le Nouveau Brunswick, 1984)

Le 2 février 1654, Pierre Godin reçoit une concession de 30 arpents à Montréal au Côteau Saint-Louis. Le 13 octobre de la même année, il épouse à Montréal Jeanne Roussellière, originaire de Moëze, en Charente-Maritime.

En 1676 et 1677, Pierre Godin vend tous ses biens à Montréal, puisqu’il est engagé en Acadie pour la construction du fort de Port-Royal. C’est ainsi que l’on retrouve d’abord la famille Godin en Acadie. Deux filles de Pierre, déjà mariées, sont restées au Québec, alors que deux de ses fils retournèrent plus tard au Québec. Seul Gabriel propagera le nom en Acadie.

Gabriel Godin avait joint la Marine royale où il est devenu officier. C’est à ce titre qu’il revient dans la région, accompagnant le nouveau gouverneur de l’Acadie, Joseph Robinau de Villebon, pour pour la construction du fort Saint-Joseph (Nashwaak) en 1692, sur la rivière Saint-Jean. Gabriel Godin est nommé lieutenant en second du fort et Robinau lui concède un vaste terrain de trois lieues bordant la rivière, qu’il nomma Bellefontaine, d’où son sobriquet. Sur ce domaine, Gabriel Godin devient un grand négociant, traitant avec les Mi’qmag, Abénaquis et Malécites, ainsi qu’avec les autres colonies.

La famille Jeanne, ou Rideout

Au mariage de Robert Jeanne et Françoise Savard le 26 janvier 1665 à Québec, Robert nomme ses parents «Yves Jeannes et Marie duChesne, de la Paroisse de St Sevér faulxbourg de Roüan». Cela suffit normalement pour retracer sa famille en France, avec un peu de chance.

Sachant que Robert était originaire de Rouen, j’ai entrepris un recensement des registres paroissiaux (en ligne) de cette ville importante. Ancienne possession anglaise durant la guerre de Cent Ans, Rouen compte encore à cette époque bon nombre de ressortissants anglais, souvent catholiques et réfugiés. On savait Robert Jeanne né vers 1638 ou 1639 selon les recensements de 1666 (île d’Orléans) et de 1667 (Beaupré).

Dans les années 1630 et 1640, on ne trouve aucune famille Jeanne probante à Rouen. Par contre, un baptême du 6 janvier 1639 dans les registres de St-Sever a attiré mon attention: celui de Robert Ridout fils de Yves Ridout et Bonne Duchesne. Les Ridout sont-ils devenus Jeanne?

Le deuxième mariage de son frère, Simon Jeanne, à Anne Hardy le 27 novembre 1683 à Rouen, semble confirmer cette supposition. Simon nomme alors ses parents «Yve Jeanne et Bonne Duchesne».

La rareté (et la combinaison) des prénoms Yves et Bonne laisse peu de doutes. La famille Ridout aurait changé de nom à Jeanne bien avant le départ de Robert pour le Canada. Ce n’est donc pas «un nom de guerre» adopté par le matelot, comme on le voit souvent ailleurs.

Sera-t-il possible de trouver sur place les origines présumées anglaises des Ridout? Leur signature ADN-Y correspondra-t-elle aux Ridout britanniques? Voilà de belles pistes de recherche.

La filière Savard, ou Savart

En 2006 et 2008, j’ai séjourné un total de six semaines à Paris pour reproduire tout document nominatif (qui nomme des habitants du lieu) pour reconstituer la population du village Montreuil aux 16e et 17e siècles.

J’en suis reparti avec plus de 10 000 images d’actes notariés et de papiers seigneuriaux (rentes, terriers, censiers, dîmiers, etc.) d’au moins 6 fiefs des 18 identifiés à Montreuil. Certains documents remontent au 14e siècle. Qui plus est, les registres de cette paroisse (qui incluait alors Vincennes) débutent dès 1536, malgré quelques périodes lacunaires.

Le résultat de ces recherches a permis de reconstituer la généalogie Savard-Hordouille sur plusieurs générations. Le détail des preuves est accessible sur mon site personnel (savart.info/savard), perpétuellement en chantier.

Un lieu-dit nommé «Savart» sur le territoire de Montreuil explique sans doute l’origine du patronyme. Un «savart» désignait anciennement une terre en friche, ou une terre difficile à cultiver.

Si c’est l’orthographe «Savard» qui a été retenue au Québec depuis plus d’un siècle, le pionnier et son père signaient clairement «Savart» dans les documents.

Ascendance Godin-Jeanne 

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(téléchargez ce tableau godin en PDF pour visualiser en haute résolution)

 

Références:

– Jean Godin, L’ancêtre Pierre Godin, Mémoires, SGCF, vol 17, no1, 1966.

– George MacBeath, Godin, Bellefontaine, Beauséjour, Joseph, DBC, vol. 4, 2003.

– Stephen White, DGFA, CÉAAC, 1999.

savart.info/savard.

 

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