Suprême bilinguisme

Le processus de nomination des juges à la Cour suprême du Canada va changer, pour le mieux espère-t-on. La liste des candidats potentiels sera établie par un comité indépendant et présentée au premier ministre pour décision finale.

Ceci remet sur la table le critère de bilinguisme des juges de la plus haute cour au pays, un dossier cher à l’ancien député Yvon Godin. Le nouveau processus souligne qu’un des critères sera que la personne choisie soit «effectivement bilingue». Le choix de mot est intéressant: suffisamment flou pour n’effrayer personne et assez vague, merci!, pour celui qui devra déterminer la compétence linguistique «effective» de l’intéressé(e).

Bien sûr, – le vieux concept de «Canada anglais contre Canada français» ayant encore de beaux jours devant lui –, on a entendu le tollé des unilingues avancer que cette exigence priverait certaines provinces, comme Terre-Neuve-et-Labrador, d’une représentation sur le banc de la Cour. Minute! Cela fait près d’un demi-siècle que le bilinguisme est officiel au Canada et il y a dans ma province d’éminents juges de la Cour terre-neuvienne qui ont depuis longtemps compris l’importance du bilinguisme, qui se sont mis à la tâche sans attendre et qui, aujourd’hui, sont «effectivement» bilingues.

Ceci dit, l’aspect linguistique de la cour demeure préoccupant. Bien sûr, le Commissaire aux Langues officielles s’est dit en faveur du bilinguisme des juges de la plus haute cour du pays qui traite, il faut s’en souvenir, de dossiers présentés aussi bien en français qu’en anglais.

Plus récemment encore, l’ancien juge de la Cour suprême, Michel Bastarache, soulignait que les plaignants ne sont pas égaux devant un tribunal qui oblige certains d’entre eux à défendre leur cause via les services d’un traducteur plutôt que de vive voix. On n’a pas de peine à le croire!

En fait, à mon avis, la seule question qui vaut d’être posée est celle-ci: «Si vous ne parlez qu’anglais et que vous deviez vous présenter devant la Cour suprême du Canada (et on sait tous qu’on ne se retrouve pas là pour un rien!), accepteriez-vous de le faire devant des juges unilingues francophones?» Je devine la réponse. Vous aussi.

Je n’ai rien à ajouter. Case closed.