Joël Bourgeois – Un air de déjà-vu…

Ah la sacrée belle émotion qu’elle nous a fait vivre, notre steepleuse finaliste olympique !

Pour moi c’était particulier, une drôle impression de déjà-vécu, puisqu’elle a répété quasiment à la lettre mon propre parcours d’il y a 20 ans…

Quatrième position en course de première ronde, 16e position au classement final. Pour elle comme pour moi jadis. Deux présences de l’Acadie en athlétisme aux Jeux olympiques, deux fois le même résultat, dans la même épreuve.

Et puis la même passion de la part du public acadien. Dans 20 ans personne n’aura oublié la course où Geneviève s’est qualifiée pour la finale olympique avec un record canadien. Et elle n’oubliera jamais tous les cris d’encouragements qui sont venus de notre petit coin du monde.

Je m’en voudrais de ne pas mentionner aussi le Québécois Alex Genest, qui a couru le 3000m steeplechase, lui aussi, aux Jeux de Londres en 2012. J’ai été entraîneur temporaire d’Alex pour un temps avant ces Jeux, et Alex à son tour a grandement aidé Geneviève à peaufiner sa technique de passage de haies. Nous sommes très proches tous les trois, ayant une place très intime dans nos vies mutuelles. Alors donc Alex a aussi couru le steeple aux Jeux en 2012, et s’était classé… 16e.

Un air de famille, hein?

La famille, justement. Geneviève en a plusieurs, des familles proches. Il y a bien sûr ses parents, sa soeur et son frère, une belle famille très unie. Il y a aussi sa grande famille acadienne, ses amis d’école et d’athlétisme au Nouveau-Brunswick. Il y a aussi son groupe d’entraînement à Guelph, et à l’équipe nationale. Puis il y a sa famille à Ulukhaktok, où pour la première fois de l‘histoire de cette communauté, on a regardé les Jeux olympiques. Partout où Geneviève passe, elle a le don de faire sentir qu’elle est des nôtres, que son succès, et son bonheur, c’est un peu le nôtre aussi.

Le talent, l’attitude et le travail ont fait que Geneviève était destinée à devenir une coureuse olympique. Le hasard a voulu qu’elle choisisse, comme moi, le steeplechase. Hasard?

Le ciel m’est témoin que je ne l’ai jamais poussé vers le steeple. Non, moi je l’aurais plutôt imaginé future olympienne au 5000m ou 10 000m, voir au marathon. Une bête d’endurance et de ténacité, même jeune adolescente.

Mais je sortais régulièrement les haies avec les jeunes, dont Ryan Cassidy, Jérémie Pellerin, Jean-Marc Doiron, Olivier Babineau… Parce que le travail de haies est fondamental pour tout athlète en athlétisme et en sport en général. Parce que ça travaille la coordination, la mobilité et la puissance. Mais d’abord et avant tout parce que les haies, c’est des jouets, c’est le fun!

Le fun. C’est la marque de commerce de Geneviève. Et c’est absolument authentique. Avec elle tout est une aventure. Et au diable la convention. Amenez-en des tempêtes de neige ou des sentiers inexplorés. C’est là que le rêve olympique se bâtit. Pas en faisant des tours et des tours et d’autres interminables tours autour d’une cage à hamster pour humains.

En fait, Geneviève a été de l’équipe des Olympiennes de l’école secondaire L’Odyssée de Moncton, en soccer, en handball… Jusqu’en 12e année. Elle n’a jamais fait de programme de sport-études, mais plutôt l’orchestre de l’école. Avec ça, nos entraînements de course à pied du dimanche se terminaient invariablement par une activité improvisée, comme la fois où on est partis en vélo de montagne sur la banquise croûtée sur la baie de Shédiac (oui, oui, en vélo en pleine mer) au coeur de l’hiver.

Bref, je me suis arrangé pour qu’aucun adolescent dans mon entourage ne s’entraîne «comme un athlète professionnel» afin de réserver le meilleur potentiel pour l’âge adulte, et afin que, si l’ambition olympique ne se réalise finalement pas (ce qui est la probabilité la plus grande pour n’importe quel jeune athlète peu importe le talent), que puisse demeurer l’amour du sport et du plein air comme bagage pour la vie d’adulte.

Il n’y a pas qu’un seul chemin pour développer un talent. Mais certains chemins sauront conserver, en plus du talent, la passion. Note aux entraîneurs et éducateurs.