Éducation – Un cœur grand comme le monde

 

Catalina Ferrer est une pédagogue acadienne d’origine chilienne. Arrivée en 1979 à Moncton, elle a été professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Moncton jusqu’en décembre 2003. Au côté de Maria Montessori, Catalina Ferrer se retrouve dans le livre Femmes pédagogues du XXe siècle au XXIe siècle écrit par Jean Houssaye.

Sur une note très personnelle, je décrirais Catalina Ferrer comme le plus bel exemple d’une personne capable d’atteindre le parfait équilibre entre le cœur et la raison. Dotée d’une grande perspicacité et d’une grande intelligence, elle sait comprendre les situations de la vie courante et les enjeux sociaux avec une extrême clairvoyance.

C’est sans doute sa capacité d’écoute qui lui permet cette intense compréhension des personnes et des événements. Parce que c’est avant tout le respect de la dignité des personnes qui anime sa pensée et ses actions.

Catalina Ferrer dû s’exiler du Chili en 1974, avec sa famille, pour fuir la dictature du général Pinochet. Cet exil et la situation tragique qui prévalaient dans son pays d’origine et aussi ailleurs dans le monde sont venus renforcer sa conviction qu’il faut prendre position en faveur de la paix et de la solidarité internationale. Pour elle, l’école doit se mettre au service de l’épanouissement de l’individu et de l’humanisation de la société».

Avec la collaboration de ses collègues Simone LeBlanc-Rainville et Joan Gamble, Catalina Ferrer développa pendant sa carrière un modèle pédagogique appelé le modèle d’Éducation à la citoyenneté démocratique dans une perspective planétaire (ECDPP).

Pour Catalina Ferrer, la profession enseignante consiste à devenir des agents de changements capables de transformer la société vers plus de justice, d’égalité et d’équité entre les personnes. Le respect des individus, des peuples, de l’environnement et la nécessité éthique de faire des choix de vie responsables sont au cœur de sa pédagogie.

L’ECDPP comporte six volets: l’éducation aux droits de la personne et la démocratie; l’éducation à la paix; l’éducation interculturelle; l’éducation au développement; l’éducation à la compréhension et à la solidarité locale et internationale; et l’éducation pour la protection de l’environnement.

Ces six volets sont interdépendants. Ils sont abordés avec les élèves par le biais d’une pédagogie visant la conscientisation et l’engagement. Cette pédagogie est fortement inspirée des idées du pédagogue Paulo Freire, celui qui faisait l’objet de ma dernière chronique.

Plus concrètement, la pédagogie de la conscientisation et de l’engagement vise à permettre aux élèves de prendre conscience des événements et des enjeux locaux, nationaux et internationaux. Elle cherche à analyser avec un œil critique les informations retrouvées et les individus non seulement à l’origine des problèmes, mais aussi ceux qui tentent d’apporter des solutions.

Les idées pédagogiques de Catalina Ferrer ont pour but de nous permettre, par le biais de l’éducation, de prendre et d’assumer nos responsabilités à l’égard du monde. Elles entendent développer l’autonomie des citoyennes et des citoyens par un engagement envers des actions concrètes motivées par le désir d’améliorer le sort de l’humanité et de la planète.

Une génération complète d’enseignantes et d’enseignants du Nouveau-Brunswick aura eu le privilège d’avoir Catalina Ferrer comme professeure. Ils auront appris la puissance des débats et de différentes techniques de discussion, de réflexion et de recherche qui animaient ses cours.

Ceux qui connaissent Catalina Ferrer savent que l’utopie d’un monde meilleur est le moteur qui anime toute sa pensée pédagogique. Car après tout, comme elle aime elle-même le rappeler en citant l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano: «À quoi sert l’utopie? Elle sert à cela: à cheminer».