Joël Bourgeois – Un athlète, ça sert à quoi?

Objectivement, ça ne sert à rien un athlète. Ça ne sauve pas de vies comme un médecin, ça n’apporte pas de nourriture à nos tables comme un agriculteur, ça ne pose pas d’asphalte sur nos routes comme un politicien en campagne électorale.

Oh, on peut bien argumenter des retombées économiques des Jeux olympiques, des Jeux de l’Acadie, du sport en général: création d’emplois, stimulation de l’industrie touristique, et tout ça.

Mais au bout du compte quelle est la contribution de l’athlète à cette grande fourmilière qu’est l’humanité ?

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Rio de Janeiro 2016. Je me répète, ces Jeux auront été tout sauf ternes. Et pourtant, comme à chaque fois, j’ai entendu beaucoup de commentaires blasés de gens pour qui tout ça n’est qu’une grosse arnaque. Même dans ces pages, même venant de collègues qui pourtant ont l’obligation morale de contribuer au rayonnement du sport.

Oui, le mouvement olympique c’est une gigantesque bête, hors de tout contrôle d’une seule personne ou d’un seul courant de pensée. Une mine d’or pour les magouilleurs de tout acabit. Exactement comme on peut percevoir le Vatican. Ou le gouvernement. Il est trop facile de n’y voir que le côté scabreux, indécent. On a beau partir d’un idéal noble, la réalité rattrape l’utopie dès que la plante commence à produire des fruits alléchants. Mais l’idéal reste, peu importe dans quelle boue on l’a traîné.

Loin de moi l’idée de défendre le système et la classe dirigeante. Il faut continuer de dénoncer le laid. Mais sans pour autant cesser d’apprécier le beau. Savoir discerner entre les deux, puis ensuite crier, lutter, pour garder un tant soit peu un droit chemin. Et toujours se rappeler que tout ceci n’est qu’un jeu.

Pour chaque médaillé douteux et trop facile, j’ai vu une dizaine d’athlète se donnant corps et âme pour essayer de pénétrer au top-15 ou au top-10, à l’écart du focus des caméras. Alors qu’en Acadie on était aux étoiles à l’issue des demi-finales du steeplechase féminin, il s’est produit, dans la même course, un record national pour l’Inde, la Suisse et le Danemark. Autant de partisans en liesse aux quatre coins du monde, alors que nous on n’avait d’yeux que pour la nôtre.

Vous voulez encore un peu de fraîcheur ? Dans quelques semaines, du 7 au 18 septembre, Rio accueillera les Jeux paralympiques. À l’origine le «para» était pour «paraplégique» mais avec l’inclusion de catégories pour aveugles, amputés, et autres athlètes pas nécessairement en fauteuil roulant, le «para» tient lieu de jeux « parallèles » aux Olympiques.

Vous voulez faire le plein d’histoires inspirantes et autres exemples de «quelle est ton excuse pour ne pas faire d’effort?» Alors tournez encore vos yeux vers Rio en septembre.

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Alors finalement, quelle est la contribution de l’athlète à la société ?

Alors là, facile de déclamer toutes les bonnes raisons de promouvoir le sport: santé physique, santé mentale, productivité, écologie…

Oui bien sûr. Mais le rôle du sport olympique, comme pur divertissement pour toute la foule qui n’est pas directement concernée?

Prenez une minute, imaginez un monde sans athlète. Ou sans musicien, sans écrivain, sans feux d’artifices. Absolument rien de superflu, juste l’essentiel: des hôpitaux, des autoroutes à quatre voies et des centres commerciaux.

Aucune frivolité, aucune ambition d’un monde meilleur et plus beau. Aucune petite Lalonde pour faire rêver des milliers d’Acadiens jeunes et moins jeunes.

Qui voudrait d’un monde pareil ?

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Le cirque est passé. Comme un bon film il nous a amusé, indigné, ému. Parmi les derniers actes qui vont se jouer aujourd’hui et demain, il reste encore l’épreuve reine des Jeux olympiques. Ah non, ça n’est pas le 100m, mais bien le marathon!

Quant à moi, c’était mon dernier tour de piste, ma dernière chronique olympique 2016. Je vais me reposer au grand air maintenant. Quelqu’un vient courir avec moi?