L’héritage de Mauril Bélanger, défenseur des droits des francophones en Ontario

Tout Canadien se souviendra du député libéral Mauril Bélanger, décédé mardi dernier à l’âge de 61 ans, pour son incroyable attitude durant son long combat contre une maladie contraignante, la SLA. De nombreuses personnes ont appris au cours des derniers mois de sa dernière volonté de rendre la version anglaise d’Ô Canada neutre en genre.

Mais Bélanger s’est plutôt engagé dans des luttes concernant une question langagière différente. Il a mérité sa place dans l’histoire de l’Ontario comme un des nombreux héros politiques de la communauté francophone de la province. La défense des droits franco-ontariens est un rôle qui, depuis longtemps, accompagne la représentation d’Ottawa-Vanier au Parlement et à Queen’s Park. La communauté franco-ontarienne lutte depuis longtemps pour demeurer reconnue au niveau provincial, et Ottawa-Vanier y est parmi les circonscriptions les plus impliquées.

En 1916, ce fut le lieu d’une confrontation inoubliable entre des parents francophones et le gouvernement de l’Ontario. Pour protester contre le Règlement 17 — qui limitait l’enseignement en langue française aux deux premières années de l’école primaire —, les mères et les grand-mères des étudiants de l’école Guigues à la Basse-Ville d’Ottawa ont formé une chaîne humaine afin de protéger les salles de classe de l’intervention policière.

Quand les autorités sont arrivées sur les lieux, les femmes ont défendu l’école avec vaillance à l’aide d’épingles à chapeau et de ciseaux de couture. Une des écoles primaires francophones à Toronto, l’école Jeanne-Lajoie, est nommée ainsi en mémoire d’une enseignante qui a ouvert une école francophone illégale après qu’on l’a congédiée pour avoir enseigné ses étudiants francophones dans leur langue maternelle.

Or, ce ne sont pas toutes les luttes pour les droits des francophones en Ontario qui datent d’une décennie.

Albert Roy, député provincial libéral et représentant d’Ottawa-Vanier (auparavant Ottawa-Est) à Queen’s Park dans les années 1970, a tenté d’instaurer un projet de loi émanant des députés qui aurait obligé la province à offrir tous ses services en français. Le projet de loi n’a pas été adopté, mais dix ans plus tard, il a servi de fondation à la première loi sur les services en français en Ontario. M. Roy a aussi lutté pour le droit des défendeurs francophones de subir des procès en français.

Bernard Grandmaître, successeur de Roy, s’est assuré à la fin des années 1980 de la mise en vigueur de la loi garantissant des services en français dans certains endroits de la province. Cette décision n’a pourtant pas plu à tous. Bon nombre de municipalités en Ontario se sont déclarées strictement anglophones, bien que la loi ne les touchait même pas.

Jean-Robert Gauthier a représenté Ottawa-Vanier au Parlement de 1974 à 1994. Le député libéral a lutté sans relâche à la reconnaissance de cette circonscription francophone historique en Ontario au point d’avoir même voté contre le rapatriement de la Constitution en 1982 proposé par le premier ministre libéral Pierre Trudeau, car celle-ci ne reconnaissait pas le français comme une des langues officielles de l’Ontario.

M. Gauthier a toutefois contribué à la rédaction de l’article de la Charte canadienne des droits et libertés concernant les droits scolaires des minorités. Peu après sa mise en vigueur, la Cour d’appel de l’Ontario a décidé que la minorité anglophone au Québec, ainsi que les francophones ailleurs au Canada, avaient le droit constitutionnel, en vertu de la nouvelle charte, à leurs propres écoles.

Bélanger a gagné ses galons à la tête de la lutte contre la décision provinciale en 1997 de fermer les portes de l’Hôpital Montfort — le seul centre hospitalier universitaire francophone au Canada à l’ouest du Québec. Après cinq ans et deux victoires en cour, Tony Clement, ministre de la Santé de l’Ontario à l’époque, y a renoncé de la part du gouvernement conservateur.

Aujourd’hui, personne ne remet en question l’existence de l’Hôpital Montfort. De plus, un plan provisoire est en place afin de mettre sur pied une université francophone en Ontario. Plus tôt dans l’année, la première ministre Kathleen Wynne a offert ses excuses officielles à la communauté franco ontarienne au sujet du Règlement 17. Mais Bélanger n’aurait pas considéré son travail comme complété.

Il aurait aimé qu’Ottawa, la capitale du Canada, se déclare officiellement bilingue. Il aurait aussi parlé avec la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, au sujet de son assertion qu’un juge à la Cour suprême est considéré comme avoir atteint un degré de bilinguisme fonctionnel même s’il ne peut pas tenir une conversation en français.

Ottawa-Vanier n’abrite plus la communauté francophone unie d’il y a quelques décennies. Le nombre d’électeurs francophones qui y résident a baissé. Il demeure toutefois une circonscription emblématique pour la minorité franco-ontarienne. C’est aussi une des circonscriptions libérales les plus sécuritaires. C’est certain qu’il n’y aura pas de manque de candidats pour le remplacer — et Bélanger ne voudrait pas un successeur à l’âme sensible.