Duterte et l’ONU

Le nouveau président des Philippines, Rodrigo Duterte, est excellent pour la presse. Voici une citation de son dernier rassemblement électoral: «Oubliez les lois sur les droits de la personne. Si je suis élu président, je ferai exactement comme j’ai fait en tant que maire. Vous, les trafiquants, les braqueurs et les vauriens, vous feriez mieux de partir parce que je vais vous tuer. Je vous jetterai dans la baie de Manille et engraisserai tous les poissons qui s’y trouvent.»

En voici une autre, donnée après que le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, ainsi que l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime ont condamné le «soutien apparent des meurtres extrajudiciaires» de M. Duterte:

«Je ne veux pas vous insulter (il n’a que les traités de “stupides”), mais peut-être que nous aurons à nous séparer des Nations Unies. Vu que vous êtes tellement impolis, nous devrions juste sortir. Alors, enlevez-nous de votre organisation. Vous n’avez rien fait. Jamais. Sauf critiquer.»

Ce qui fâche Ban Ki-moon et l’ONUDC est que Duterte est responsable de meurtres. Depuis son entrée en fonction il y a trois mois, la police et des citoyens membres d’un groupe d’autodéfense ont tué par balle quelque 900 «trafiquants soupçonnés» en son nom. Aucun n’a été reconnu coupable en cour, et certains, bien sûr, étaient complètement innocents.

Duterte ne le nie pas et n’offre pas ses excuses non plus. Il dit que, avant son départ, il s’accordera une amnistie: «Pardon accordé à Rodrigo Duterte pour le crime de meurtres multiples, signé Rodrigo Duterte.»

«The Punisher» (Le Punisseur), un surnom qu’on lui a donné quand il fut maire de Davao, prend très au sérieux sa lutte contre la drogue: il a annoncé récemment qu’il tuerait ses propres enfants s’ils abusaient de drogues. Mais le crime n’est pas le plus gros problème aux Philippines, et on ignore les autres qu’il prend au sérieux.

Il a cependant un plan potentiel pour le lendemain de la sortie des Philippines des Nations Unies. Il envisage de demander à la Chine et aux pays africains d’en faire de même pour former une organisation rivale. Il n’en connaît pas trop sur la Chine ni sur l’Afrique, alors il pense peut-être qu’ils aimeraient se rassembler pour contrer les gouvernements qui croient que c’est mal de tuer les personnes.

«Duterte Harry» (un autre surnom) est très populaire aux Philippines, mais ne présente aucune vraie menace à l’ordre mondial. Les cent millions de Philippins devront vivre avec lui pendant les six prochaines années, mais les Nations Unies ne sont pas vouées à l’échec. En fait, elles réussissent mieux que nous ne le croyons.

Comme preuve à cette affirmation, le secrétaire général a maintenant le droit de critiquer un gouvernement membre pour avoir tué ses propres citoyens. Ce n’était pas l’objectif de l’organisation. À sa création en 1945, quand la Seconde Guerre mondiale tirait à sa fin, son but principal était la prévention de telles guerres.

En 1948, pour avoir l’air d’une force plus morale, les fondateurs de l’organisation ont signé la Déclaration universelle des droits de l’homme, mais ce n’était qu’une façade. Les Nations Unies furent créées par de grandes puissances pour empêcher une autre grande guerre internationale, et non pas pour forcer les gouvernements de mieux traiter leurs citoyens.

Or, les Nations Unies accomplissent bien leur mission initiale: l’organisation et les armes nucléaires partagent le mérite du fait qu’il n’y a pas eu de guerre entre deux grandes puissances depuis 71 ans. Au fil des années, l’organisation a entrepris d’autres tâches, comme le maintien de la paix et la promotion de la primauté du droit. Elle ne s’ingère cependant jamais dans les affaires intérieures de grandes puissances. Même dans les plus petits pays, c’est rare que l’ONU intervienne sans une invitation du gouvernement local.

Alors, quand Duterte a traité l’ONU d’inutile, car «si vous êtes fidèles à votre mandat, vous auriez pu mettre fin à tous ces guerres et meurtres», il ne savait rien de ce dont il parlait. De plus, il n’accepterait jamais de l’intervention de l’ONU dans son propre pays pour mettre fin à la vague de crimes supposée. Il joue les gros bras seulement parce qu’il n’aime pas être critiqué.

C’est très peu probable que Duterte mettra sa menace à exécution. L’ONU est la clef de voûte dans la structure du droit international qui, entre autres, empêche la Chine d’avoir recours à de la violence pour régler sa dispute territoriale avec les Philippines. Rodrigo Duterte n’est qu’un problème pour les Philippines, et non pas pour les Nations Unies ni le monde.