Lettre à mon ami Benoît

Cher ami, j’ai apprécié ta réplique, parue dans le journal de samedi, me passant un savon pour avoir écrit dans ma dernière chronique que la SANB était un organisme «moribond». Évidemment, de quoi je me mêle?

Bref, je l’avoue, tu m’as pogné les tchulottes baissées jusqu’aux ouïes!

Je profite donc de l’occasion pour demander pardon à toute personne que le mot «moribond» aurait pu offenser. Et aussi le mot «agonise» que j’avais rajouté pour être certain que tout le monde comprenne ce que je voulais dire.

Bref: je m’excuse de dire ce que je pense.

Tenez, je m’excuse à genoux, drette là, les bras en croix, la tête renvoyée par en arriére, la langue r’virée sua doublure, pis les yeux sortis des sockets.

Fouettez-moé avec une ploye que’qu’un!

Mais allez-y mollo, quand même. Après tout, c’est l’année papale de la Miséricorde.

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Donc, cher Benoît, tu sais mieux que moi ce qui se passe à la SANB, car je vis à Montréal, et toi, à Moncton. Tu as parf

aitement raison: je ne vis pas en Acadie. Pire: je ne vis pas à Moncton.

Tu as également raison de souligner que tu sièges au conseil d’administration de la SANB. Ce n’est pas mon cas. C’est donc parfaitement vrai que je n’ai pas été témoin de toutes les crises de nerfs qui ont pu ébranler le cocon administratif de la SANB pour en arriver à la crise actuelle.

Cependant, ton commentaire qui rappelle – ô stupeur! – la mentalité de l’ère pré-informatique, m’étonne grandement. Car l’hypermédiatisation de la société actuelle et l’instantanéité de la transmission de l’information de nos jours (téléphone, télé, radio, journaux, courriels, textos, médias sociaux, etc.) sont telles qu’il faut vraiment faire un effort pour rester dans l’ignorance de l’actualité!

Et que fais-tu de la fameuse «Acadie 2.0» qui, apparemment, n’a plus de secret pour personne?

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Oui, tu en sais plus que moi sur la crise. Tu en sais même plus que le reste de l’Acadie qui a été scandaleusement tenue dans l’ignorance des turbulences grand-guignolesques internes de la SANB depuis presque deux ans, allant de la tentative de putsch à Grand-Sault jusqu’à son apparente chrysalidation actuelle, sans oublier l’Assomption inopinée de sa présidente.

En fait, seuls les «initiés» ont su ce qui s’est réellement passé. En faisant fi de la transparence qu’ils invoquent pourtant sur toutes les tribunes, ils ont préféré garder ça entre eux. Comme dans l’ancien temps de la Patente.

S’il est vrai, tel que tu l’affirmes, que «les mœurs politiques et administratives ont changé» et que «les intérêts collectifs et communautaires s’expriment à la mode d’une nouvelle époque», n’es-tu pas d’avis qu’il est juste et utile que ça se voit dans la manière d’afficher cette belle transparence de style «nouvelle époque post-Patente»?

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Tu ajoutes aussi que la SANB «est reconnue par Patrimoine canadien» et «financée en grande partie par le gouvernement fédéral».

Bravo! On ne rechignera pas sur cet argent qui n’est pas un cadeau fait à l’Acadie par «une personne», n’importe laquelle et aussi libérale soit-elle, mais tout simplement l’accès à un financement fait avec l’argent des contribuables, de l’argent qui appartient donc déjà aux Acadiens et aux Acadiennes.

Toutefois, vu de ma terrasse montréalaise, il m’arrive de me demander en frémissant s’il n’y aurait pas une possibilité qu’on soit en train de transformer un organisme luttant pour les droits des Acadiens en une agence subventionnée servant de porte-voix au gouvernement fédéral? Cette proximité est-elle un gage absolu d’indépendance? Assistera-t-on à l’émergence d’une classe de «militants-fonctionnaires»?

L’expérience du passé aidant, on sait aujourd’hui que c’est ce qui est arrivé aux députés. Il y a belle lurette, les députés s’en allaient à Fredericton (ou autres parlements) pour représenter les intérêts des citoyens de leurs comtés, mais depuis quelques années, ils se sont métamorphosés en représentants du gouvernement auprès de leurs commettants. Ce qui ne crée pas du tout la même dynamique politique. Et démocratique…

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Cela dit, dans la toute première phrase de ta lettre, tu me ranges parmi les «détracteurs» de la SANB. En lisant ça, j’ai failli faire une fausse syncope, comme les grandes divas dans les vieux films hollywoodiens. Mais j’ai pas osé. Sans make-up, je refuse de m’évanouir!

Crois-tu sincèrement que de porter un regard critique sur l’Acadie, ou une institution acadienne, c’est nécessairement agir en détracteur? Surtout qu’au lieu de dire ce que je pense, il me serait tellement plus facile de me contenter de licher le monde. Et la langue française se prête si bien à la chose!

Dans ce premier paragraphe, tu risques un raccourci, encore là étonnant, où tu sembles confondre la SANB et l’Acadie, en disant d’entrée de jeu que la SANB n’est pas moribonde, et terminant ce paragraphe en soutenant que l’Acadie vibre.

Mais cette «vibrance» bien réelle de l’Acadie n’exclut en rien la possibilité que certaines de ses institutions disparaissent. Qu’on pense au journal L’Évangéline. Ou aux Éditions d’Acadie. Certes, ces institutions ont été remplacées, et c’est tant mieux, mais au moment où elles trépassaient, l’Acadie vibrait full spin et ça ne les pas empêchées de disparaître.

Tout se transforme, tout le temps. C’est vrai. Observe bien la transformation des campus de l’Université de Moncton, ou celle des collèges communautaires, ou celle des caisses populaires. Ces institutions perdureront-elles? Je n’ose même pas essayer d’y répondre. Je ne voudrais pas finir ma vie sur un bûcher.

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Ce qui devrait nous amener à réfléchir au fait que ce n’est pas tant la «vibrance» qui fait la force de l’Acadie que sa «constance».

Et comme toute personne de bonne volonté, je souhaite que la nouvelle structure de la SANB lui redonne un élan salutaire.

Entretemps, cher Benoît, je préfère être critiqué parce que je dis ce que je pense, plutôt que d’être louangé pour les choses que je ne dis pas.

Et je te remercie très amicalement de m’avoir donné cette occasion de réfléchir encore plus à l’Acadie et à son époustouflant destin.

Han, Madame?