Réflexion – La difficile ascension au sommet

C’est déjà tout un défi de grimper vers le sommet. L’atteindre est une chose. Y rester en est une autre. Car une fois tout en haut, on ne peut admirer éternellement le paysage. La seule chose qui reste à faire, c’est d’en descendre et de laisser la place au suivant. Qu’on le veuille ou non. C’est un cycle sans fin du sport.

Parfois, on monte trop vite et on est atteint de vertige. On est forcé de reculer de quelques pas, le temps que le corps s’habitue à cette altitude, pour mieux poursuivre l’ascension. Ça arrive aux athlètes qui sortent soudainement de l’anonymat et s’en vont décrocher quelques grosses victoires surprises.

La suite est souvent très difficile.

Prenez Eugenie Bouchard en tennis, par exemple. Sa progression fulgurante de 2014 – finaliste à Wimbledon, demi-finaliste à Rolland-Garros et en Australie – lui a permis de grimper jusqu’au septième rang mondial.

On n’en avait que pour la belle Québécoise, qui jouait du tennis inspiré et sans pression face aux meilleures du monde et qui alignait les victoires impressionnantes les unes après les autres.

Depuis, la balloune s’est dégonflée. Elle a manqué d’oxygène. Et pas à peu près! Pffffffft!

Aujourd’hui, elle peine à gagner un match, même dans des tournois secondaires. Son attitude sur le court laisse grandement à désirer et ce sont ses raquettes qui en paient le fort prix. Au point où son classement mondial continue de dégringoler, elle qui était pourtant si près du sommet…

Cette situation, loin d’être nouvelle, survient à beaucoup de sportifs, peu importe le niveau. Ça arrive à des athlètes olympiques et professionnels. Ça arrive aussi à l’équipe de hockey ou de baseball du village.

On passe d’un athlète inconnu à une vedette grâce à quelques triomphes inattendus. Les médias s’intéressent maintenant à vos moindres pensées. Les adversaires qui vous ignoraient ou qui vous regardaient du coin de l’oeil d’un air amusé attachent maintenant leurs souliers un peu plus solidement. On devient soudainement l’athlète à battre, de chasseur à chassé. Les vis-à-vis étudient davantage votre jeu afin d’y déceler la faiblesse à exploiter, passent une demi-heure de plus à l’entraînement pour être fins prêts à vous affronter. Et à vous vaincre, évidemment.

Eugenie le vit à la dure actuellement.

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Et c’est ce qui pourrait arriver à Penny Oleksiak, la surprenante quadruple médaillée en natation aux Jeux olympiques de Rio et championne olympique du 100 mètres libre féminin.

Il y a un mois, personne ne la connaissait. Aujourd’hui, son nom est sur toutes les lèvres. En quelques jours, elle est devenue, à seulement l’âge de 16 ans, l’idole et le point de mire de nombreux Canadiens. Plusieurs analystes la voient déjà comme la prochaine Michael Phelps, celle qui pourrait dominer la natation mondiale pour les 15 prochaines années.

À condition, évidemment, qu’elle comprenne que dorénavant, elle n’est plus la jeune nageuse inconnue qui n’avait pas de pression dans la piscine olympique de Rio.

Elle sera maintenant attendue de pied ferme. L’atmosphère va changer, la tension sera palpable. Ses adversaires tiendront compte de sa présence, chercheront à se mesurer à cette jeune prodige, à l’intimider au besoin et à la vaincre. Penny verra rapidement qu’elle n’est plus aujourd’hui l’une des filles à la ligne de départ. Elle est dorénavant la fille à dépasser.

Que fera-t-elle?

Ce sera à son entourage de bien la préparer à ce qui s’en vient, à lui expliquer que Rio, c’était bien beau, mais que le plus dur est devant elle. Et le plus dur sera de se présenter chaque semaine à l’entraînement, à multiplier les longueurs dans la piscine, dans l’idée de répéter ses exploits à Tokyo, dans quatre ans.

En aura-t-elle la force?

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Une autre qui devra se méfier de ce vilain piège, c’est Geneviève Lalonde. Notre Geneviève Lalonde, qui a pris la 16e place en finale olympique du 3000 mètres steeple à Rio.

Elle a été magnifique sur la piste. D’abord en se qualifiant pour la finale grâce à un record canadien sur la distance. C’était beau à voir. Ensuite, en étant capable de démontrer que cette place n’était pas qu’un simple coup de chance pendant la finale présentée le 15 août, jour de notre fête nationale. Quelle belle coïncidence. Quelle belle histoire.

Geneviève s’est fait un nom à Rio. Elle n’avait rien à perdre, en fait. Aujourd’hui et à tout jamais, on dira d’elle qu’elle a été une finaliste olympique. Pour le meilleur, certes, mais pour le pire aussi. Pour ses nombreux partisans et admirateurs, c’est merveilleux. Pour ses adversaires, c’est un sérieux avertissement, au point où elle fera maintenant partie des stratégies de course lors des prochains rendez-vous internationaux auxquels elle prendra part.

Il faut donc s’attendre à ce que les choses se corsent pour notre Acadienne. C’est normal. Et dans le fond, c’est bien ainsi. Si c’est dans l’adversité que nous séparons le bon grain de l’ivraie, Geneviève risque d’être choyée dans les quatre années qui nous précèdent des Jeux olympiques de Tokyo.

Elle aura besoin de se battre contre les meilleures de sa profession. Et les meilleures de sa profession chercheront à l’ébranler, à lui dire d’une manière ou d’une autre qu’elle n’a pas d’affaire là. Ça risque de jouer davantage du coude. C’est là que nous verrons le vrai caractère de Geneviève Lalonde. Nous saurons si son objectif est bel et bien d’atteindre les sommets ou si elle devra se contenter des résultats actuels.

C’est drôle, mais à ce petit jeu, je ne suis pas inquiet pour elle…