Pourquoi est-il tellement difficile de mettre fin à une guerre?

Dimanche dernier à minuit, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement colombien ont annoncé des cessez-le-feu permanents. Après 52 ans de guerre en Colombie, les fusils se sont enfin abaissés.

Mais on n’en est pas arrivé à cette entente avant la mort de 220 000 personnes et le déplacement de sept millions autres. De plus, quatre ans de négociations ont eu lieu avant de signer un accord de paix final. Il faut se demander: pourquoi est-il tellement difficile de mettre fin à une guerre?

Le nombre de Syriens qui sont morts ou qui ont fui leur maison au cours des cinq dernières années est égal au nombre total de victimes de la guerre civile colombienne après un demi-siècle. Et tout le monde en Syrie sait que la guerre civile au Liban, pays voisin qui abrite des identités ethniques et religieuses semblables, s’est déroulée pendant quinze ans.

Quand la guerre a éclaté en 1964, les paysans sans terre représentaient quarante pour cent des Colombiens, alors ce fut vraisemblablement un milieu idéal pour un mouvement guérillero marxiste promettant une réforme agraire. Malgré le fait que les FARC se sont approprié beaucoup de territoire, elles n’ont jamais menacé de renverser le gouvernement. Et au cours des siècles, la Colombie a progressé.

En dépit de la guerre, l’économie a connu une croissance, le niveau de vie a augmenté et la moitié des paysans ont migré vers les villes. Même il y a vingt ans, c’était évident que les FARC ne pourraient jamais gagner. Par ailleurs, les troupes gouvernementales n’auraient jamais pu complètement faire sortir les FARC de leur place forte dans la jungle; il était alors temps de faire la paix.

Les pourparlers de paix ont débuté en 1998. De là, ils ont continué par intermittence jusqu’au moment où un dernier effort pour arriver à une décision a commencé il y a quatre ans sous le président Juan Manuel Santos. Mais pourquoi cela a-t-il pris tellement de temps?

C’est parce que les «perdants» n’avaient pas vraiment perdu, même s’ils n’auraient jamais pu gagner. Le gouvernement devait accorder des amnisties aux milliers de soldats des FARC, garantir leur sécurité, et même leur permettre de devenir un parti politique légitime. Les deux côtés ont tué les membres de l’autre pendant longtemps — évidemment, il y avait un manque de confiance. Alors 17 ans se sont écoulés pour se rendre à la présente situation.

Si les Colombiens ne votent pas en faveur de l’accord au plébiscite du 2 octobre, on pourrait le remettre en cause. Les chances sont minces; toutefois, le vote sera probablement serré, car de nombreuses personnes détestent quand les rebelles sont «récompensés» au lieu d’être punis.

En Syrie, contrairement à la Colombie, il y a de profondes divisions religieuses et ethniques. De plus, il y a cinq côtés impliqués, et non pas deux: le gouvernement, deux organisations de djihadistes islamistes mutuellement hostiles (le soi-disant État islamique et le soi-disant Front Nusra, qui s’appelle maintenant «l’Armée de la victoire»), ce qui reste des insurgés arabes de l’«Armée syrienne libre», et les Kurdes syriens.

Tous les cinq côtés ont lutté les uns contre les autres à un moment donné au cours des cinq dernières années. Aucun ne pourra prendre le contrôle du pays entier, mais aucun n’a été chassé par une défaite militaire décisive non plus.

Certaines personnes considèrent l’engagement des États-Unis et de la Russie dans la guerre syrienne comme prometteur puisque, si ces deux superpuissances peuvent se mettre d’accord (et cela arrive de temps en temps), elles pourraient imposer un peu de paix dans le pays. Ce ne serait pas beau, mais ce serait mieux qu’une guerre sans fin.

Bien que ce soit possible, c’est peut-être illusoire. Si une guerre civile relativement simple et de petite échelle comme celle en Colombie a pris tellement longtemps à prendre fin, pourquoi s’attendrait-on bientôt à la fin de la guerre en Syrie? N’oublie pas le Liban. Quinze ans.