Les panneaux routiers censés nous conduire au village de Saint-Simon brillent par leur absence sur la route reliant Évangéline et Inkerman.

De retour sur mes pas, après plusieurs va-et-vient sur la même route, je m’adresse à une vieille dame, chat sur les genoux, se berçant sur le perron.

«Té ti pardu; ça fait deux fois que j’te ouais passer.»

Rectitude linguistique oblige, je lui demande: «À youscé qué le village de Saint-Simon».

Paraîtrait que la brave dame a dirigé plus d’un égaré au cours de l’été! Hélas, il faut emprunter le chemin du camp à Jack pour enfin voir le panneau du village de Saint-Simon. Qu’à cela ne tienne!

Chaleureux petit village au singulier accent, on eut vite fait de m’informer que le musée de l’épave de Saint-Simon était à côté de l’église. Certes, au cours des ans, les échos des exploits du célèbre corsaire qui a donné son nom au village ont fait couler de l’encre à plus d’une reprise.

Né à Québec en 1734, Antoine-Charles Denys de Saint-Simon et ses valeureux corsaires sillonnent les eaux en quête de bateaux anglais.

Madame Pierrette Duguay, directrice du musée a bien voulu éclairer ma chandelle sur la différence entre un pirate et un corsaire.

Le pirate est un bandit qui attaque un bateau, peu importe son origine, dans le but explicite de ravir tout bien de valeur. Le corsaire est désigné par le gouverneur ou le roi pour s’attaquer aux navires ennemis qui menacent d’envahir le territoire. Ce faisant, lorsqu’un navire ennemi était capturé, une partie du butin remplissait les coffres du gouverneur ou du roi tandis que le reste était partagé par l’équipage.

En 1760, l’équipage de Saint-Simon composé de Normands et d’Acadiens, dont: François Gionet, Zacharie Doiron, Michel Parisé et Pierre Frigaux. Ils se virent pris en chasse par une frégate britannique et se réfugièrent dans la baie de Saint-Simon. Comme c’était la coutume de l’époque, le commandant donna l’ordre de couler son propre navire avant de prendre refuge dans les environs. Après avoir passé l’hiver sur place, Saint-Simon rentre en France au printemps 1761, tandis qu’une bonne partie de son équipage prend racine dans les régions avoisinantes. Décoré par le roi de France de Chevalier de l’Ordre de Saint-Louis, Antoine-Charles Denys de Saint-Simon renonce à sa fortune accumulée au Canada en tant que corsaire afin de se consacrer au service de la France.

Madame Duguay me confiait que les anciens du village actuel se souviennent fort bien de voir à marée basse une partie des mats du navire de Saint-Simon à environ 300 mètres du rivage.

Des chercheurs subaquatiques confirment que le navire est enfoui en bonne partie dans la boue. Semblerait que la construction du pont reliant Shippagan à Lamèque serait en quelque sorte responsable pour un changement des courants marins, créant une accumulation de sédiments dans de nombreux estuaires environnants. Comme le maintien de la profondeur des chenaux nécessitent d’importants déplacements de boue – qui ont sans doute enseveli à jamais l’épave –, il y a lieu de conclure que le navire reposera au lieu exact où il a coulé en 1760.

Des plongeurs, de même que des archéologues subaquatiques en conviennent que les coûts envisagés pour remonter l’épave ne seraient rien de moins que colossaux.

Ce petit musée qui ne paie pas de mine renferme en plus des artéfacts de l’épave, une impressionnante collection de porcelaine de Limoges. Don de la sœur de la directrice du musée, Pierrette Duguay, ces œuvres d’art d’une importante valeur sont un régal visuel. Une vaste collection qui rivalise avec celles des grandes villes.

Un si grand trésor dans un si petit village. Les meilleurs onguents dans les petits pots, semble-t-il! Le musée de l’épave de Saint-Simon vaut un petit détour. Une telle richesse si près de chez nous mérite une visite.

Alors, gens de Saint-Simon, soyez fiers de l’origine de votre village. Plusieurs d’entre vous sont des descendants directs de l’équipage du valeureux capitaine Antoine-Charles Denys de Saint-Simon, qui s’est éteint en 1785.

Mes sincères remerciements à madame Pierrette Duguay pour m’avoir si patiemment informé sur une partie de notre histoire qui m’était inconnue.