Tendre l’oreille

Samedi en fin d’après-midi, j’étais assis sur la terrasse d’un bar du centre-ville de Moncton. Un livre dans une main, une bière dans l’autre. Il faisait beau, les rues étaient calmes. La sainte paix.

Deux hommes et une femme anglophones dans la vingtaine sont venus s’asseoir.

En faisant semblant de continuer à lire, je les ai écoutés jaser de tout et de rien pendant quelques minutes. C’était plus fort que moi.

Le sujet du bilinguisme a rapidement été évoqué. Ils ont dit être originaires d’ailleurs au pays (de l’Ontario si je me souviens bien) et être unilingues.

«Bon, bon, bon, ça y est, ça va déraper», me suis-je dit.

Je m’attendais à ce qu’ils se plaignent, qu’ils chialent, qu’ils rouspètent contre les maudits francophones.

À ma surprise, la discussion a pris une tout autre direction.

Ils ont dit qu’ils aimeraient bien apprendre le français, que cela leur serait utile au boulot. La jeune femme a confié à ses deux amis qu’elle a trouvé une application gratuite permettant d’apprendre la langue sans trop s’emmerder.

«C’est comme un jeu, tu dois franchir des étapes et puis t’apprends en même temps.» Les deux autres ont semblé intéressés par l’idée.

J’étais vraiment à côté de la plaque en tenant pour acquis que ces jeunes adultes allaient prendre à partie le bilinguisme.

On sait pourtant que la majorité de la population est favorable au bilinguisme, que l’ouverture que j’ai vue chez ces trois jeunes adultes n’a rien d’exceptionnelle.

Pas plus tard que la semaine dernière, les résultats d’un sondage commandé par le Commissariat aux langues officielles du Canada ont clairement indiqué que l’écrasante majorité des Canadiens voient le bilinguisme d’un bon oeil. La tendance est encore plus lourde dans les provinces de l’Atlantique.

Il faut croire qu’à force de voir les plus fervents partisans et détracteurs du bilinguisme s’affronter sur la place publique, on finit par oublier que tout le monde n’a pas des opinions se situant à l’un ou l’autre extrême du spectre.

Pendant que les grandes gueules parlent fort et que les médias amplifient leurs voix, un tas d’autres gens parlent tout doucement. Il suffit parfois de tendre l’oreille pour les entendre.