Faire preuve de courage et de convictions

Déjà une semaine que le Plan éducatif de 10 ans a été rendu public. Beaucoup de commentaires négatifs ont été faits concernant l’absence de mesures qui pointeraient vers l’élimination des garderies bilingues. Évidemment, pour freiner l’assimilation et pour renforcer l’identité francophone et acadienne, les garderies doivent être unilingues comme l’est le système scolaire de la maternelle à la 12e année.

En contexte minoritaire, des études montrent que pour produire des adultes qui maîtrisent la langue française, la scolarisation doit se faire en français. Non seulement ça, mais lorsqu’on vit dans un milieu minoritaire, pour produire des adultes parfaitement bilingues, la voie à suivre passe encore plus par la fréquentation des garderies et des écoles francophones.

Pourtant, de nombreux parents (dont au moins un est francophone) croient que le mieux pour leur enfant, c’est de l’envoyer dans une garderie bilingue. D’autres pensent que le programme d’immersion est la voie à suivre pour permettre à leur enfant de devenir bilingue.

Je suis inquiet devant l’absence de mesure dans le plan éducatif provincial qui mènerait à la dualité dans le secteur de la petite enfance. Je suis d’accord avec Rino Morin-Rossignol, dans sa chronique de mercredi, lorsqu’il affirme qu’une journée de perdue est une journée de trop.

Par contre, en voyant comment le présent gouvernement a géré la question de la langue dans les autobus et le débat qui s’en est suivi, il est à se demander si un débat public sur la dualité en petite enfance qui dégénère pourrait causer plus de tort que de bien.

Le dossier de la dualité en petite enfance doit être mené par des élus qui agissent avec la conviction qu’une communauté francophone forte est à l’avantage de l’ensemble de la province. Les élus doivent assumer un leadership et marteler que la dualité est une richesse et non une dépense. Les élus doivent véhiculer le message que l’épanouissement de toutes les communautés, anglophones, francophones, ainsi que celles des Premières Nations, est une condition essentielle à la sortie de la morosité et des tensions linguistiques qui apportent de la grisaille dans la province.

Malheureusement, ce n’est pas ce qu’on voit de la part de nos représentants. Ils n’ont même pas pris le temps d’expliquer en quoi la dualité n’a rien à voir avec la ségrégation.

Manque de convictions? Manque de maturité politique? C’est à nos politologues d’en faire l’analyse.

Quoi qu’il en soit, le rapport final de la Commission d’étude sur les services de garde du Nouveau-Brunswick ne peut pas être plus clair. Ce rapport, qui a été remis au ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance deux semaines passées, s’il est appliqué, pourrait devenir un moment tournant dans l’histoire du Nouveau-Brunswick.

Ce serait peut-être l’aboutissement de ce qui avait été commencé par le programme Chances égales pour tous du gouvernement Robichaud dans les années 1960. C’est aussi majeur que ça!

Une société qui se respecte veut que chaque enfant, quel qu’il soit, se développe à son plein potentiel, peu importe les ressources (financières, culturelles ou autres) dont disposent sa famille et sa communauté. C’était là l’un des principes qui avaient guidé le programme de Chances égales pour tous.

Ainsi, les commissaires recommandent que les services de garderie éducatifs deviennent tous à but non lucratif. Elles recommandent aussi la dualité des services de garderie éducatifs.

D’ici à ce que ça arrive, il faut continuer de conscientiser, de sensibiliser et surtout, d’accompagner les parents qui choisissent les garderies et, ultimement, les écoles francophones pour leurs enfants. Donc, tout n’est pas encore perdu.