La théorie de l’évolution

Souvent à force de lutter pour défendre ses droits linguistiques ou pour revendiquer des services «dans la langue de notre choix», à force de lire les attaques haineuses des illuminés de service dans les journaux et médias sociaux, on en vient à se demander si, un jour, la situation va s’améliorer et la notion de bilinguisme entrer dans les mœurs.

Il semblerait, à en croire le sondage national rendu public fin août par le Commissariat aux langues officielles, que ce jour est arrivé. Les chiffres sont éloquents: même si 51% des gens qui ont répondu au sondage étaient unilingues anglophones, 88% des personnes sondées appuient les objectifs de la Loi sur les langues officielles (91% en Atlantique, un point de moins seulement qu’au Québec, et 83% dans les Prairies).

Le bilinguisme des juges à la Cour suprême qui a pourtant fait couler tellement d’encre semble une cause entendue pour 81% des personnes qui pensent que les juges de la plus haute cour au pays devraient être bilingues; 86% pensent également que le premier ministre se doit d’être bilingue et 96% que les services du gouvernement fédéral devraient être offerts dans les deux langues.

Bien sûr comme on dit, il y a loin de la coupe aux lèvres, et bien des gens ne doivent même pas se rendre compte à quel point la bataille des services en français, par exemple, n’est pas encore gagnée sur le terrain pour ceux et celles d’entre nous qui vivent en milieu minoritaire

Reste que le sondage montre clairement qu’il n’y a plus à faire la promotion du bilinguisme lui-même: la vaste majorité des répondants (entre 95 et 88%) y voient un des atouts majeurs de notre pays, une manière de s’ouvrir au monde et de mieux servir la population. Enfin, 82% des répondants estiment que le 150e anniversaire du Canada, en 2017, devrait servir à promouvoir le bilinguisme au pays.

Il reste, c’est un fait, les obtus, les étroits d’esprit, les adeptes de la théorie du complot qui n’accepteront jamais la dualité linguistique de notre pays, mais au vu des résultats de ce sondage, peut-être devrions-nous carrément les ignorer et arrêter de leur répondre pour nous consacrer à bâtir des ponts avec tous ceux et celles qui veulent faire avancer notre société, dans une langue comme dans l’autre.