La course à la direction du Parti progressiste-conservateur du N.-B.

 

Bernard Thériault

Une course à la direction pour un parti politique est l’équivalent de la fête de Pâques pour les catholiques. C’est l’événement par excellence qui redonne l’espoir que le pouvoir est à portée de main, et c’est l’occasion par laquelle on peut débattre et rebâtir un parti.

Un exercice du genre mobilise les membres, et offre tant aux militants qu’aux observateurs politiques un véritable bulletin de santé du parti qui l’organise. Les progressistes-conservateurs du Nouveau-Brunswick entrent, avec la fin de l’été, dans le dernier droit d’une course qui, jusqu’à maintenant, est non seulement la plus terne, mais la plus confuse qu’aucun parti politique n’ait tenue depuis belle lurette.

Dans l’histoire récente du Nouveau-Brunswick, on doit retenir la course qui a conduit Frank McKenna à la tête du Parti libéral en 1985 et celle qui a choisi Bernard Lord en 1998 comme chef du Parti progressiste-conservateur parmi les plus excitantes et – disons-le – les plus importantes des temps modernes. Dans les deux cas, des candidats peu connus et relativement jeunes ont su par un discours articulé et une vision moderne, capturer l’attention des délégués et ensuite des électeurs. Tout comme Justin Trudeau récemment, McKenna et Lord ont surtout offert aux militants la possibilité de rêver. Car, oui, le rêve est souvent ce dont il est question dans une course à la direction.

C’est que dans la présente course conservatrice, il n’est surtout pas question de rêve, il faut ici surtout parler de cauchemar. D’abord, parlons de la confusion qui entoure les candidats. Alors que sept personnes prétendent aspirer au titre suprême, le site du parti n’en mentionne que six. Le candidat mystère est Jean Dubé, cet ancien député fédéral, fils d’un ministre important sous Richard Hatfield, qui mène, semble-t-il, un combat plus important contre la direction du parti que pour l’accession à la direction. Il accuse, sans mâcher ses mots, le parti d’avoir abandonné le Nord et de ne plus être à l’écoute des francophones. La faute dont il accuse les organisateurs de la convention est de ne pas avoir de bureau de vote dans le Restigouche et la Péninsule acadienne. De plus, il prétend que les coûts d’inscription au congrès sont trop élevés, défavorisant ainsi “les gens ordinaires”.

Les débats entre les candidats tenus un peu partout dans la province donnent en quelque sorte raison à M. Dubé. Des conservateurs m’ont eux-mêmes confié qu’ils sont sortis horrifiés de la rencontre tenue à Inkerman le mois dernier. Sauf Monika Barley, les propos des candidats furent incompréhensibles. Qui plus est, il y a de la graine de COR dans la course. Jake Stewart dit ouvertement qu’il veut abolir le poste de Commissaire aux langues officielles, Blaine Higgs peine à expliquer qu’il fut membre du COR et la seule francophone en lice, Mme Barley, fait preuve d’une méconnaissance évidente de la province. Il semble que Mel Norton, le candidat de l’establishment, ait une longueur d’avance, alors que ma préférence irait à Brian McDonald, qui est le plus bilingue du groupe et le plus articulé. Un peu comme on aurait dit dans la série Seinfield, cette course est à propos de rien!

Jeannot Volpé

La course à la direction du Parti progressiste-conservateur du N.-B. suscite de l’intérêt. De l’inquiétude pour le Parti libéral qui voit déjà la possibilité d’être le troisième gouvernement défait après seulement un mandat ou de l’espoir pour une population qui demande du leadership.

Qu’un nombre sans précédent de candidats et candidates décident d’offrir leurs services, et ce après seulement 2 ans sous le régime Gallant, démontre clairement un malaise et de l’insatisfaction. Les gouvernements Graham et Alward ont appris que la population du N.-B. n’est pas prête à tolérer l’incapacité de gérer, diriger et démontrer du leadership.

J’ai déjà annoncé publiquement que j’appuyais le candidat Mel Norton. Je me suis fait une liste de critères qui, selon moi, seraient essentiels pour un nouveau ou une nouvelle chef du parti et potentiellement de premier ministre du N.-B. en 2018. Je crois qu’il est primordial d’avoir une personne d’expérience et prête à gouverner. La province ne peut pas se permettre une période de deux ans à tourner en rond comme nous l’avons vu sous le gouvernement Graham, Alward et Gallant. M. Norton a l’expérience d’avoir dirigé un groupe d’élus, géré des budgets, négocié des ententes, établi des priorités et fait des choix en tant que maire de St-Jean, la plus grande ville du N.-B. Il croit dans la diversité culturelle du N.-B., et en la valeur d’une province bilingue. Il reconnaît l’importance de la ruralité du N.-B. dans une province unie.

Tous les candidats et la candidate ont quelque chose à offrir. Toutefois, certains candidats comme MM. Stewart et Higgs ont selon moi une vision trop restreinte qui va les empêcher d’aller chercher des appuis dans toutes les régions du N.-B. M. MacDonald de Fredericton a une expérience comme député, se présente bien, peut communiquer dans les deux langues officielles, mais n’a pas encore démontré le leadership essentiel pour gouverner. Le fait qu’il soit de la capitale provinciale et très près des fonctionnaires m’inquiète aussi.

Pour ce qui est de M. Allen, il a une très belle expérience au niveau fédéral, communique bien dans les deux langues officielles et connaît les enjeux importants pour le N.-B. Il aura certainement de très bons appuis dans la région de production de la pomme de terre. Par contre, sa vision provinciale ne semble pas aussi claire, surtout au niveau des langues officielles et de la livraison des services gouvernementaux. Mme Barley semble une personne très dynamique, énergique et ayant la force de caractère requise. D’autre part, son manque d’expérience à diriger et à prendre des décisions pourrait être un risque.

En résumé, M. Norton est celui qui, selon moi, a le plus des critères requis pour être chef de parti et même un bon premier ministre pour le N.-B. La seule chose qui peut maintenant empêcher les progressistes-conservateurs de gagner l’élection de 2018 est la division interne et ça, les libéraux le savent très bien.