Provoquer l’erreur pour apprendre

Mes élèves ne font pas d’erreurs, m’a dit un jour un enseignant. C’est quand même surprenant comme affirmation. Après tout, il y a tellement d’expressions dans la langue française qui nous appellent à faire preuve d’humilité! La perfection n’est pas de ce monde… l’erreur est humaine… apprendre par essais erreurs…

Voyant sans doute mon étonnement, il a rapidement enchaîné en précisant sa pensée. Ses élèves ne font pas d’erreurs, du moins, pas au sens de faute. Évidemment, tout est dans le point de vue avec lequel on aborde l’erreur. En fait, elle est toujours en fonction d’une règle, d’une norme ou de critères.

Si j’écris garson, c’est une erreur en fonction d’une norme qui, par convention, s’écrit garçon. Si j’affirme que les feuilles d’érable changent de couleur à l’automne à cause du froid, c’est une conception erronée qui ne correspond pas aux lois de la nature démontrables par l’expérience scientifique.

Du point de vue de l’enseignant que j’ai rencontré, l’erreur est souhaitable sans quoi il ne pourrait pas faire progresser ses élèves. Parfois, l’erreur peut tout simplement être la réponse à une autre question qu’il s’agit de découvrir.

Mais chaque fois qu’un élève se trompe, c’est un moment pour apprendre autant pour l’enseignant que pour l’élève. Pour un enseignant, il s’agit d’une occasion de chercher à comprendre comment l’élève en est arrivé à cette réponse. Pour l’élève, c’est l’occasion de chercher des moyens de progresser et de raffiner ses habiletés, ses attitudes et ses dispositions.

Malheureusement, beaucoup d’enfants et même des adultes se voient paralysés à l’idée même de se tromper. L’erreur se transforme en faute et elle affecte la personne dans son identité. Le jugement des autres joue un rôle néfaste pour la confiance et l’estime de soi.

La sanction qui accompagne l’erreur bloque le processus d’apprentissage. Ce faisant, c’est la possibilité même de croître qui est hypothéquée. Au lieu de tenter de l’éviter ou de la redouter à tout prix, il vaut mieux l’accueillir et en retirer des bienfaits.

La façon bien spéciale de cet enseignant de concevoir l’erreur ne doit certainement pas provoquer la peur chez ses élèves. Ceux-ci doivent en fait apprécier leurs erreurs et les considérer comme des occasions pour en apprendre davantage.

Il y a aussi des erreurs qui n’en sont pas. N’apprend-on pas à tomber bien avant d’apprendre à marcher? Par rapport à marcher, tomber peut être perçu comme quelque chose à éviter. Mais par rapport au développement moteur, savoir tomber a de nombreux bienfaits qui vont au-delà du fait que ça permet d’éviter de se blesser. Savoir tomber permet aussi le développement psychologique et social puisque ça augmente l’estime de soi, ça repousse les limites et ça fait accroître la liberté et l’autonomie.

L’erreur, enfin, peut être provoquée pour créer des conditions qui forcent la recherche de solutions. Elle favorise la créativité puisqu’elle demande à chaque personne de trouver une solution appropriée et parfois inédite pour et par soi-même. Une erreur demande toujours des ajustements et c’est là la condition à l’évolution.

L’erreur est humaine, écrivait Saint-Augustin, mais ce qui est terrible, c’est de persévérer dans l’erreur par orgueil!