Un monde tout en merveilles

 

La Chambre des communes a repris ses travaux. Je pensais que, dans la foulée de son avènement grandiose, le premier ministre Trudeau la ferait barricader parce qu’elle sentait trop le cani conservateur, mais bon, il aura préféré faire sa marque en y injectant du swing libéral.

Selon la coutume du Parlement, les députés étaient artistiquement répartis par tchas de couleurs: rouge, bleu, orange et vert, comme pour un gros gros gros lavage. Et dès la première période de questions, on a compris qu’ils seront aussi dissipés, partisans et insupportables que les ceuzes d’avant.

Bref, c’est le retour du carnaval de la mauvaise foi.

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En revanche, le premier ministre n’était pas de la fête. Zut.

Il était parti à New York, non seulement pour prendre des selfies, mais pour aller dire au monde entier que nous autres, au Canada, on est les plusses meilleurs de toute. Il est allé leur dire que le Canada est un modèle de diversificité et d’inclusivitivité.

Et il a raison: la diverticulite est très répandue au Canada, et tout le monde est inclus!

En fait, il participait à la 71e session de l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU), là où les dirigeants de la planète vont badjeuler sur la paix dans le monde, sur la faim dans le monde, sur la misère dans le monde, jouant aux apprentis sorciers en gobant des petits fours tandis que la planète brûle sous leurs yeux clos.

C’est Néron devant Rome en feu, mais à la puissance 2016.

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Il paraît que ce n’est pas bien de critiquer l’ONU, parce que c’est l’instance privilégiée où presque tous les pays viennent brasser des vraies affaires.

C’est ainsi qu’ils ergotent sur la crise des migrants, alors que la plupart font tout pour ne pas en accueillir chez eux.

Qu’ils palabrent sur le développement durable, alors qu’ils continuent à polluer impunément l’environnement.

Qu’ils limonent sur le désarmement, alors qu’ils se vendent des armes à qui mieux mieux.

Qu’ils déplorent le terrorisme, alors qu’ils le financent sous la table.

L’ONU, c’est devenu un cirque où l’on adopte des traités qui ne seront jamais ratifiés et des résolutions qui resteront sans lendemain; où l’on confie des responsabilités en matière de droits de la personne à des pays qui bafouent ces mêmes droits de l’homme; où l’on soupire et supplie au lieu de prendre les moyens de faire respecter ses décisions!

Ce club de gentlemen-frimeurs devrait être radicalement réformé afin de lui conférer, non pas plus de panache – ciel, on y fait déjà suffisamment de salamalecs et de courbettes! – mais plus de poigne, ce qui lui donnerait du coup un peu plus d’autorité morale.

Cela dit, soyons réalistes: il vaut quand même mieux les voir rassembler à l’ONU que sur des champs de bataille…

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Mais laissons l’ONU à sa forfanterie et revenons au Parlement canadien.

Après tout, c’est là que palpite le cœur de la nation. Ok, tout n’est pas parfait, on perçoit des signes d’insuffisance cardiaque, mais comme les médias du pays semblent encore sous l’effet de l’orgasme multiple de la victoire libérale de l’automne dernier, il est de bon ton en ce moment de ne pas trop brasser la cage. Le cœur a besoin de se reposer!

J’avoue que je n’ai prêté qu’une oreille distraite à la première période de questions. C’était plate à mort. Et comme le premier ministre n’était pas là pour relever le niveau de scintillement intellectuel de l’assemblée, ça rappelait ce moment fatidique de la noce où les mariés tirent leur révérence en plein milieu d’une danse des canards endiablée: certains noceurs continuent à danser, certes, mais on sent que plusieurs perdent le beat.

D’entrée de jeu, on a eu droit à des questions posées par des chefs de parti en route vers la sortie! Déjà, cela enlève pas mal de poigne à leurs objurgations, aussi efficaces, dans ce contexte, que de lancer des balles de neige sur la muraille de Chine pour la faire écrouler.

Évidemment, des ministres se sont levés pour leur répondre en prenant grand soin d’en dire le moins possible. Exactement comme on le fait avec le piche-piche désodorisant quand on veut l’économiser: un seul piche-piche, en espérant que l’odeur désagréable va comprendre d’elle-même qu’il faut qu’elle se volatilise au plus vite!

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En revanche, quelque chose m’a beaucoup énervé. MA députée, Mame Laverdière, néodémocrate orange foncé, a posé sa première question en anglais. J’en ai profité en zappant pour me demander pourquoi une députée représentant un comté on ne peut plus français, francophone et francophile, situé au cœur du cœur de Montréal, s’est sentie obligée de jouer les sous-tapis au Parlement du Canada.

Je me suis aussi demandé par quel hasard elle a trouvé que c’était intelligent, en tant que représentante d’une minorité linguistique qui se fend le cul pour survivre sur un continent anglicisant, de poser sa première question dans la langue assimilatrice. Même Harper, que tout le monde aime haïr de nos jours, commençait ses interventions publiques en français.

L’aplatventrisme, très peu pour moi. Je vais devoir passer toutes mes bobettes orange à l’eau de Javel.

Parlant de langue pis tout ça, je serais bien curieux de savoir dans quelle langue les députés et ministres francophones à Fredericton fonctionnent dans le courant de leurs activités quotidiennes.

Ne me le dites surtout pas! J’ai peur d’être obligé de passer aussi mes bobettes rouges à l’eau de Javel.

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Toutefois, malgré ce déluge de parlementeries, je m’en voudrais de passer sous silence l’arrivée muy caliente de l’automne, ce moment du calendrier où il fait bon commencer à rembobiner discrètement ses souvenirs d’été en fantasmant sur un monde en paix, en amour, glorieux comme un soleil de canicule. Un monde tout en merveilles. Rêvons… Tout est possible.
Han, Madame?