L’ABC de l’alphabétisation

Radio-Canada Acadie s’est penché, cette semaine, sur le dossier de l’alphabétisation au Nouveau-Brunswick et sur les engagements pris sur le sujet par le Premier ministre Gallant. Permettez-moi d’élargir le sujet.

Si les gens qui œuvrent pour contrer l’illettrisme au Canada recevaient un dollar à chaque fois qu’un politicien promet de faire de l’alphabétisation son cheval de bataille politique, leurs efforts seraient pleinement financés depuis de nombreuses années et tout le monde, absolument tout le monde, serait lettré.

En plus de dix ans de journalisme, j’ai entendu ces promesses dans tous les premiers budgets d’un nouveau gouvernement – provincial, fédéral, d’un parti ou de l’autre – promesses étayées d’arguments puissants qui sont à la fois humains et économiques: il en va d’abord de la dignité de l’individu, mais aussi de la productivité de nos provinces et de notre pays mise à mal par des taux d’illettrisme consternant pour nos sociétés, soi-disant évoluées.

Pourtant, tout le monde se casse rapidement les dents sur le problème et les vœux pieux des débuts de mandats se voient rapidement enfouis sous le tas d’espoirs déçus par les concessions et les compromis faits au nom de la politique et de l’austérité. De plus, le problème étant souvent gênant à évoquer publiquement, les gens qui en souffrent sont, du fait même de leur condition, discrets et faciles à ignorer et les courageuses personnes qui consacrent leur énergie à tenter de les aider n’ont ni les ressources humaines ni l’influence politique pour se faire entendre.

Pire encore, lorsque les grands idéaux des gouvernements fraîchement élus se voient remplacés par des considérations comptables, la lutte contre ce fléau est généralement la première chose à «prendre le bord». Regardez le dernier budget dans ma province de Terre-Neuve-et-Labrador et vous serez fixés. Tout passe avant le financement des programmes d’alphabétisation.

Nous vivons dans des systèmes vraiment pitoyables lorsque nous ne sommes même pas capables de nous attaquer efficacement aux vrais maux de notre société que sont l’illettrisme et la pauvreté (les deux vont souvent ensemble, bien malheureusement). C’était mon constat au début des années 2000, ça l’est encore aujourd’hui.