L’alphabétisation doit être au centre de notre projet de société

Une récente étude de Statistique Canada montre que plus de 60% des francophones du Nouveau-Brunswick «ont obtenu un score qui correspond aux échelons inférieurs des échelles de littératie». C’est donc dire que 60% des francophones de la province auraient du mal à comprendre tous les articles qui se trouvent dans le journal d’aujourd’hui.

Ce qui peut être qualifié d’analphabétisme fonctionnel est le résultat de différents facteurs. D’abord, à la source, il y a des adultes qui sont sortis des écoles avec des difficultés à lire et à écrire. Il y a aussi ceux qui sont sortis des écoles avec des compétences suffisantes en littératie, mais qui, avec le temps, finissent par perdre leurs compétences.

Cette perte graduelle de compétences est souvent liée au fait que ces personnes ne lisent et n’écrivent, ni à la maison, ni dans le cadre de leur emploi. Si, semble-t-il, on n’oublie pas comment faire du vélo, c’est tout le contraire avec la littératie. Lire et écrire serait plutôt comme la forme physique. Moins on bouge, moins on est en forme. Moins on lit, plus ça devient difficile. À l’inverse, plus on lit et écrit, meilleur on devient.

Aux facteurs mentionnés plus haut, ajoutons ceux liés à l’exode de la population. Les jeunes qui graduent des collèges et des universités doivent aller à l’extérieur de la province pour se trouver un emploi qui, souvent, exige le recours quotidien de compétences en écriture et en lecture.

Ainsi, il y a une forme de sélection qui se fait. Les emplois disponibles dans la province, plus spécifiquement dans le Nord, selon l’étude, nécessitent peu de compétences liées à l’écrit. Alors que les emplois qui nécessitent ces compétences se retrouvent ailleurs.

Les conséquences sont nombreuses. D’abord, puisque l’économie canadienne s’oriente inévitablement vers des emplois nécessitant un haut niveau de littératie, les personnes faisant partie de ce 60% de la population se retrouvent dans une situation vulnérable s’ils perdent leur emploi ou s’ils veulent changer de carrière.

Dans une autre mesure, c’est la dimension citoyenne qui est menacée. Au moment des révolutions politiques de la fin des années 1700, l’alphabétisation était une condition essentielle à la bonne marche des démocraties naissantes. Afin de prendre des décisions éclairées, les citoyens devaient et doivent être informés de ce qui se passe tant localement qu’internationalement.

Encore plus de nos jours, étant donné la complexité des sociétés, l’accès à l’information est de la première importance. Et non seulement l’accès, mais aussi la capacité de faire le ménage pour départager ce qui est vrai de ce qui est faux.

Ce n’est pas seulement une affaire de compétences liées à l’emploi. C’est aussi d’être en mesure de comprendre le monde dans lequel on vit pour être en mesure de trouver des solutions adaptées qui tiennent compte des contextes dans lesquels on vit.

Les compétences en littératie donnent, ni plus ni moins, les moyens d’agir sur les conditions nous permettant collectivement de vivre ensemble. Elles nous donnent les moyens de trouver des solutions innovatrices tout en nous permettant de comprendre ce qui nous entoure dans toute sa complexité et ses nuances.

Les efforts pour renverser la tendance ne peuvent pas se limiter aux écoles, aux collèges et aux universités. Il faut opérer un changement culturel. Nous devons nous interroger sur l’importance que nous accordons quotidiennement à la lecture et à l’écriture dans nos vies.

Si nous voulons améliorer les compétences en littératie de l’ensemble de la population de la province, nous devons coordonner nos efforts autour de ce projet, qui est, réellement, un projet de société.