Des fonds de développement économique ou politique?

BERNARD THÉRIAULT

C e n’est pas d’hier que les gouvernements tentent, par divers moyens, de relever le développement économique des régions de la province avec l’injection massive de fonds publics.

Les médias nous apprenaient, la semaine dernière, que les fonds de relance promis par les gouvernements libéraux et conservateurs à Fredericton depuis une dizaine d’années ne trouvent pas preneur. On cite, par exemple, l’engagement du gouvernement de David Alward d’investir 250 M$ dans le nord de la province (incluant la Miramichi) et qui n’a réussi qu’à dépenser 84 M$ sur ce montant.

Cet état de fait soulève plusieurs questions et nous rappelle que les fonds de développement régionaux réservés au nord du Nouveau-Brunswick existent depuis maintenant près de 50 ans, et que les opinions sont partagées quant à l’impact qu’ils ont eu sur nos régions. Les premières ententes importantes, signées entre le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial, remontent au début des années 1970. L’entente FODER et l’entente auxiliaire sur le Nord-Est auront permis d’investir durant toute la décennie un peu plus de 250 M$ dans différents projets. Accompagnées d’un programme d’assurance-emploi bonifié, elles auront permis à la région du Nord-Est de connaître une croissance économique sans pareil durant cette période.

Infrastructures municipales, parcs industriels, écoles polyvalentes, routes, aéroports et centres de services maritimes sont autant de projets financés par ces fonds. Les défenseurs de ces ententes nous disent que sans elles, les régions du Nord seraient dans une situation encore pire, et que si ces programmes n’avaient pas été arrêtés dans les années 1990, la situation économique de la région s’en porterait mieux. Les seuls héritages tangibles de ces années fastes en termes de subventions sont le Village Historique Acadien, le Centre marin de Shippagan, le mont Sugarloaf et le mont Carleton.

N’oublions pas les centaines de millions de dollars perdus dans l’industrie textile. Le fait que l’on ne parvienne pas à dépenser les fonds réservés au développement des régions témoigne de deux réalités. La première est que la structure économique des régions, qui trop longtemps fut basée sur les ressources naturelles, est tellement faible qu’elle ne suffit plus à générer l’innovation et le développement d’une économie moderne.

Deuxièmement, force nous est d’admettre que les gouvernements provinciaux qui se sont succédé à Fredericton depuis une quinzaine d’années sont incapables d’imaginer un avenir pour nos régions. Il semble que le peu de croissance généré par les initiatives économiques de l’État fonctionne bien pour nos régions urbaines, mais personne ne peut nous proposer des modèles innovants pour l’avenir de nos régions. Pourtant, les ressources naturelles que sont les forêts et la mer génèrent encore une partie substantielle des revenus de l’État. Malheureusement, de plus en plus, les régions sont tenues à l’écart des bénéfices qu’elles produisent.

Enfin, l’absence du gouvernement fédéral sous les années Harper nous a privés d’un acteur essentiel au développement des régions. Osons croire que le gouvernement Trudeau nous permettra de rattraper le temps perdu!

JEANNOT VOLPÉ

Le fonds de développement économique du Nord du N.-B. a bien évolué depuis son origine sous le gouvernement Lord au début des années 2000.

Cet outil de développement économique était à l’origine le fonds de développement total destiné au secteur des ressources. Que ce soit le secteur forestier, agricole ou de l’exploration aérienne du secteur des mines, le but était bien défini. Une composante fut par la suite incorporée, donnant aux commissions de développement économique locales la possibilité de gérer un fonds de 100 000$. Ceci permettait de prendre des décisions localement pour des projets de plus petite envergure afin d’accélérer le processus décisionnel et de donner plus rapidement des réponses aux entrepreneurs locaux. L’intention était à l’origine d’augmenter graduellement ces fonds locaux afin que le processus décisionnel soit plus près d’où l’activité économique était générée. Toutefois, ce processus a graduellement disparu.

Par la suite, le gouvernement libéral de Shawn Graham a gardé ce fonds, mais l’a appelé le fonds de développement du Nord du N.B. Les limites dans lesquelles l’argent de ce fonds pouvait être dépensé ont changé. La région de Rexton au sud-est du N.-B., circonscription du premier ministre Graham, faisait maintenant partie du nord du N.-B., mais le Nord-Ouest ne faisait pas partie du Nord. Les axes planétaires venaient de changer ainsi que la crédibilité et l’orientation du fonds.

La politicaillerie libérale venait une fois de plus de s’infiltrer et les critères de sélection venaient de faire place à la petite politique libérale locale. Cet outil de développement économique, s’il avait été bien utilisé, aurait permis de donner aux régions des responsabilités décisionnelles que celles-ci demandent depuis très longtemps. Les décisions pour des projets de grande envergure auraient toujours dû passer par Fredericton.

Les fonctionnaires de la capitale provinciale sont mieux outillés pour faire les évaluations financières requises et les recherches nécessaires pour les projets où les capitaux fédéraux sont requis. Il est souvent difficile pour les fonctionnaires de Fredericton de comprendre les enjeux locaux et régionaux et de donner l’attention nécessaire aux plus petits projets. Je me souviens, lorsque j’étais président du conseil de gestion, à plusieurs reprises les fonctionnaires de Fredericton devaient retourner au niveau local, n’ayant pas les réponses aux questions posées et retardant ainsi les prises de décisions et les réponses pour les entrepreneurs.

Aujourd’hui, ce fonds existe toujours, mais le développement total est devenu un fonds totalement politique ou l’implication locale a totalement disparu. Des montants sont votés, mais semble-t-il que seulement quelques ministres les utilisent à leur discrétion comme outil électoral.

J’imagine qu’en 2018, année électorale, les critères de ce fonds seront élargis afin d’aider les circonscriptions à risques, ouvrant les possibilités d’autres décisions comme ATCON. L’orientation et le financement de ce fonds devraient être revus afin d’avoir des objectifs précis, bien compris par les entreprises et où la priorité est l’économie et non la politicaillerie.