Commentaire – Un devoir de mémoire collective

«Où est allé tout ce monde,

qui avait quelque chose à raconter.

On a mis quelqu’un au monde,

on devrait peut-être l’écouter.»

– Serge Fiori (Harmonium)

Quelqu’un de votre entourage vous a sûrement déjà mentionné dans une conversation que la mémoire est une faculté qui oublie.

Cette même personne vous a probablement aussi souligné, peut-être plus d’une fois, que le rôle principal de la mémoire est d’être la conscience du passé auprès de la collectivité.

Hélas, dans une société de consommation de plus en plus axée vers le «regardez, appréciez et évacuez», la mémoire collective n’est plus interprétée de la même façon. Autre temps, autres moeurs…

Aujourd’hui, la tendance est plutôt: «ce n’est pas grave d’oublier puisque Google est là».

C’est vrai que Google est là, de même que des encyclopédies web telles que Wikipédia et EcuRed. Sans être parfaits, et pas toujours fiables à 100%, ils sont là, fidèles au poste.

Mais ça n’excuse quand même pas que des gens associés à un sport ne puissent se souvenir d’événements ou d’athlètes qui ont marqué à leur façon la pourtant toujours très courte histoire sportive acadienne.

Dans la dernière semaine, j’ai dû expliquer à des gens – trois personnes pour être plus précis – qui étaient Jean-Yves Thériault, Christian Brideau et Yvon Cormier.

Trois Acadiens qui ont pourtant mérité leur place dans notre mémoire collective, du moins dans leur sport respectif.

Jean-Yves Thériault, sans l’ombre d’un doute le seul combattant acadien dont les accomplissements peuvent rivaliser avec ceux d’Yvon Durelle, a été champion mondial de kickboxing pendant 15 ans chez les poids moyens. Pas deux semaines! Quinze ans! Et je m’explique d’ailleurs toujours fort mal pourquoi cet athlète originaire de Paquetville n’est toujours pas en compagnie des autres immortels du Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick.

Christian Brideau, qui effectue cette année un retour à la compétition après une absence de quelques années, a connu une plus que respectable carrière dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, particulièrement avec les Huskies de Rouyn-Noranda et les Remparts de Québec, de même qu’avec les Aigles Bleus de l’Université de Moncton. D’autant plus que le hockeyeur de Tracadie, du haut de ses 6 pieds 4 pouces et de sa crinière rousse, est pourtant assez difficile à oublier.

Et enfin, Yvon Cormier, de la célèbre famille de lutteurs de Dorchester qui comprend aussi Leo Burke (Léonce), Bobby Kay (Roméo) et Rudy Kay (Jean-Louis), a connu une belle aventure de saltimbanque à travers le monde qui aura duré plus de 30 ans. Réputé pour sa grande force physique, et ce ne sont pas des blagues, celui qui se faisait appeler The Beast a affronté sept champions du monde et a déjà lutté devant une foule de 45 000 personnes au Japon. Ce n’est pas rien.

Bien sûr, ça ne reste que du sport et la mémoire collective a des chats plus importants à fouetter comme les guerres, les génocides et autres événements de grande envergure.

Mais ça n’en demeure pas moins notre devoir, à nous Acadiens et Acadiennes qui aiment le sport, de ne pas oublier également notre histoire à nous.