Disciplines fondamentales: réunir l’offre et la demande

En un certain sens, la situation du Nouveau-Brunswick ressemble à celle des autres provinces canadiennes et de nombreux états américains. Les principaux défis auxquels nous faisons face concernent l’exploitation des ressources naturelles, la gestion des finances publiques, le vieillissement de la population, l’exode, l’environnement, la gestion du territoire, etc.

Nous avons alors besoin de géographes afin de nous aider à comprendre comment utiliser nos espaces, planifier le développement de nos centres urbains en limitant, notamment l’étalement. Nous avons besoin de ces géographes aussi pour comprendre les enjeux liés à l’exploitation des ressources naturelles comme les gaz de schistes et les autres ressources enfouies dans le sol.

Nous avons besoin de sociologues pour comprendre les pressions qui s’exercent sur notre population et qui forcent nos jeunes familles à quitter les régions rurales vers les régions urbaines de la province et d’ailleurs. Nous avons besoin de ces sociologues aussi pour comprendre les effets de phénomènes comme le vieillissement de la population et la dénatalité afin que, comme société, nous soyons en mesure d’assurer adéquatement le passage des âges.

Nous avons besoin d’économistes capables d’analyser et d’identifier tous les enjeux de notre économie afin de tirer profit de nos ressources et de notre capital naturel et humain. Nous avons besoin d’eux afin qu’ils identifient des solutions créatrices et adaptées à notre réalité néo-brunswickoise.

Nous avons besoin de chimistes tout simplement parce que tout est chimique autour de nous et sans leurs savoirs et compétences, nous ne savons plus ce qui est bon et ce qui est nuisible. Quels produits sont sans danger pour la consommation et pour l’environnement?

Nous avons besoin de philosophes qui explorent les dimensions éthiques des décisions que nous devons prendre. Nous avons besoin d’eux, aussi, pour analyser la cohérence des idées avancées et des projets de société proposés.

Et dans tous les cas, les exemples que je donne ne sont qu’une infime partie de la contribution que ces différents experts et leur domaine peuvent nous apporter à tous. Il y a aussi d’autres domaines qui pourraient faire partie de cette déjà longue liste, dont les mathématiques, la physique, la biologie, l’histoire, les études françaises, les sciences familiales, etc.

Pourtant, les inscriptions dans ces disciplines sont en basses depuis un certain temps non seulement à l’Université de Moncton, mais dans de nombreuses, sinon la majorité des universités au Canada. C’est quand même étonnant quand on considère que les besoins sont là, mais que la demande n’y est pas!

Comment expliquer qu’une société se prive de réflexions et d’analyses spécialisées? Surtout, comment expliquer qu’une société se prive d’une diversité de perspectives?

Sur le plan des inscriptions, il y a plusieurs hypothèses qui tentent d’identifier les raisons qui expliquent le faible nombre d’étudiants dans les disciplines fondamentales. L’une d’elles soutient que des droits de scolarité élevés incitent les étudiants à choisir des programmes qui conduisent à des emplois prédéfinis comme dans les domaines du droit, de l’ingénierie, de la santé, de l’enseignement, etc.

Une autre hypothèse soutient que les jeunes considèrent ces disciplines comme étant trop abstraites. C’est-à-dire qu’ils en connaîtraient mal leur nature et leur pertinence.

L’Université de Moncton tente de réaménager l’offre de ses programmes pour répondre encore mieux à l’exigence de former une main-d’œuvre et des citoyens ayant une formation dans des domaines fondamentaux. Par contre, en parallèle, il faut aussi s’efforcer de rapprocher les besoins avec la demande. Sinon, l’offre aura beau être excellente, si la demande n’est pas là, ni la société ni l’université ne seront plus avancées.