Les droits des fumeurs

En marchant l’autre jour, il s’est mis à pleuvoir. Il pleuvait des cordes, des chats et des chiens, et à boire debout. Il mouillait à scieaux. En tant que piétonne, je n’avais pas le choix.

J’ai fumé ma cigarette collée sur une bâtisse, à trois mètres de la porte, sous une enseigne «défense de fumer».

Mon anarchie éphémère s’est éteinte en même temps que mon mégot, heureusement avant qu’un gardien de sécurité me renvoie sans pitié sous la pluie en me grondant. La fumée humide m’est restée collée toute la journée et la sensation d’injustice aussi.

Qui va de se mettre debout pour défendre les fumeurs? Je suppose que ce sera moi, au prix d’une chronique qui atténuera la fierté de ma mère envers mes écrits.

Être fumeur, en 2016, c’est avoir survécu restriction après restriction, à la satisfaction d’une société qui semblerait heureuse de nous mettre sur une île éloignée où nous pouvons être dégueulasses tout seuls et n’affecter personne avec notre fumée secondaire.

Nous ne pouvons plus fumer dans les bars et les restos, sur les sentiers de marche, dans les édifices, et, en théorie, à moins de 15 mètres des portes. Nous avons accepté ces restrictions pour le bien de notre société et de ses espaces partagés. Mais où, alors, avons-nous le droit de fumer?

Il m’est clair que la société aimerait mieux qu’on ne fume nulle part. On l’a compris, celle-là. Le montant de taxes qu’on paie sur chaque cigarette n’étant pas une punition économique suffisante, les élus sont heureux de passer une quantité infinie de lois pour nous rappeler que nous sommes un fléau social. Et pourtant, nous sommes encore là, devenus rebelles malgré nous.

Si vous voulez qu’on arrête de jeter des mégots partout, mettez-nous des cendriers publics. Si vous voulez qu’on décolle de vos bâtisses quand il pleut, mettez-nous un abri loin de la porte. Si vous voulez qu’on arrête tous de fumer, mêlez-vous de vos affaires.

Entre-temps, on continuera de fumer nos béquilles psychophysiologiques sous vos yeux, sous le poids de votre jugement, et de temps en temps, sous la pluie.