Le cœur à la bonne place

Kekling! Kekling! Kekling! J’ai entendu des squelettes se retourner dans leur tombe en fin de semaine au moment où les conservateurs se choisissaient un nouveau chef, Blaine Higgs.

Pendant ce temps, à l’autre bout du New Brunswick, la Société de l’Acadie de la dite province mettait enfin la main sur un président qui irradie de bonnes intentions: Kevin Arseneau.

Bref: un pas en arrière, un pas en avant.

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UN PAS EN ARRIÈRE

Le temps d’un congrès, les conservateurs du New Brunswick – je n’ose plus écrire les progressistes-conservateurs – ont expédié aux oubliettes un grand pan de leur histoire des 40 dernières années, en faisant un trait sur les politiques d’ouverture à la francophonie lancées sous Richard Hatfield et Jean-Maurice Simard.

Car si c’est l’ancien premier ministre libéral Louis J. Robichaud qui a été le principal instigateur du mouvement d’émancipation de la communauté acadienne, notamment par la proclamation de la Loi sur les langues officielles, son successeur, Richard Hatfield, n’a pas hésité à préserver cet héritage et à le faire fructifier, en instaurant la dualité en éducation et en adoptant la Loi sur l’égalité.

Il est également avéré que le lieutenant francophone de Richard Hatfield, Jean-Maurice Simard, mon ancien patron, s’est débattu comme un diable dans l’eau bénite pour que son parti s’ouvre aux francophones et qu’il y était parvenu, avec l’appui de son chef, ainsi que des ministres Jean Gauvin et Brenda Robertson.

Bien sûr, la démarche d’Hatfield et de Simard ne plaisait pas à tous leurs collègues, causant même une sévère remise en question du leadership du premier ministre. Ce qui avait incité plusieurs conservateurs à s’activer à la création d’un parti résolument anti-français, le fameux COR de regrettable mémoire, avec lequel le nouveau chef des conservateurs a déjà frayé de près, lorgnant même le leadership du parti en question.

Certes, il semble avoir fait amende honorable puisqu’il a annoncé son intention d’apprendre le français d’ici les prochaines élections provinciales.

Première leçon, Mister Higgs: apprendre à dire «oh lala!». Y a pas plus français!

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Vous en penserez ce que vous voulez, mais ce genre de promesse me laisse maintenant tout à fait indifférent. Il y a déjà deux ans que le Gallant gouvernement est élu, deux ans donc que Mister Higgs suppute ses chances d’être élu chef des bleus, deux ans qu’il aurait pu mettre à profit pour l’apprendre cette mozusse de langue qui donne de l’urticaire à bien des New Brunswickers.

En apprenant le français pendant ces deux années, il aurait envoyé un signal clair de son intérêt envers les francophones et se serait enlevé une épine du pied avant d’inaugurer son règne à la tête du parti, alors que, maintenant, il devra s’astreindre à installer son leadership tout en se tapant l’apprentissage d’une langue seconde.

Enfin, il a promis de faire de la politique différemment, en répétant le vieux mantra bleu archi-connu: fiscalité stricte et contrôle serré des dépenses. Y ajoutant aussi quelques bémols sur la dualité et l’utilité de deux régies de la santé…

Quand tout ce qu’on a de nouveau à offrir ce sont les mêmes vieilles recettes du passé, ça n’augure pas bien pour l’avenir. Oh! lala!

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UN PAS EN AVANT

Bon, passons maintenant du côté lumineux de la médaille: la SANB semble avoir retrouvé ses esprits. Alléluia!

Elle a fait le ménage dans sa structure chambranlante. Fini le mariage blanc entre le Forum des organismes et celui des citoyens. La SANB est redevenue ce qu’elle était à l’origine: un organisme de défense des intérêts des francophones.

Et si j’ai bien compris les propos du nouveau président Kevin Arseneau, la SANB collaborera avec les organismes qui se sont regroupés dans un cénacle flambant neuf: la Concertation des organismes de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, ou COANB. Un acronyme pas très élégant. On dirait le son d’un corbeau qui a un morceau de cheddar coincé dans le bec, comme dirait Jean de La Fontaine. Si jamais un renard beau parleur passe dans les environs…

Bizarrement, on a aussi fait disparaître les sections locales alors qu’on mise sur un accroissement de la participation citoyenne. Faudrait qu’on m’explique ce nouvel avatar de la quadrature du cercle.

Enfin, on a dégraissé le conseil d’administration. Bonne idée. Moins de palabres et plus d’action en perspective?

J’ai lu aussi qu’on avait rajeuni ce conseil d’administration. Yéé! Il est temps que la jeunesse prenne le relais. Si elle le souhaite, bien sûr, et si cela n’interfère pas avec son vécu. Faut surtout pas traumatiser la descendance.

Cela dit, j’ai vu une photo du nouveau conseil d’administration rajeuni et ça m’a fait du bien de constater que la jeunesse est un concept plutôt… élastique!

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Certains l’auront peut-être noté: j’ai parfois été dur avec la SANB. Je la croyais en agonie par sa propre faute, mais il appert que ce n’était qu’un coma circonstanciel. Et je m’en réjouis.

L’Acadie, la Brayonnie et le reste de la francophonie néo-brunswickoise ne peuvent pas faire l’économie d’un organisme militant et vigilant qui veille strictement sur leurs intérêts et donne écho à leurs doléances et leurs aspirations. L’élection du nouveau chef conservateur montre bien le danger qui guettent les francophones: être relégués au rang de citoyens de deuxième classe auxquels on consentira des miettes de pouvoir en traduisant quelques pancartes.

On a fait trop de chemin pour revenir en arrière.

Cerise sur le sundae: je trouve gentiment ironique qu’au moment où l’on se gargarise en certains milieux, avec une pointe de prétention, de l’émergence d’une Acadie urbaine et branchée, les membres de la SANB aient eu suffisamment de flair et de cran pour élire un jeune fermier-conteur pro-environnemental qui projette l’image d’un homme qui a les pieds sur terre et qui est mû par un idéal de bien commun.

Il a le cœur à la bonne place. Réjouissons-nous! Vive Kevin 1er!

Han, Madame?