Que d’eau

Cette semaine, les protestataires qui bloquaient le site de construction du projet hydroélectrique de Muskrat Falls au Labrador ont quitté les lieux, les personnes qui faisaient la grève de la faim ont recommencé à manger et les foules massées devant le bâtiment du gouvernement à Saint-Jean ont ramassé leurs pancartes. Le premier ministre terre-neuvien leur a promis de régler la question de la possible contamination des cours d’eau par méthyl-mercure lorsque le remplissage du nouveau réservoir viendra inonder une immense zone de forêt.

Il aura fallu un coup de colère pour régler ce qui aurait dû l’être depuis longtemps! Voilà plus de 5 ans que les responsables du mégaprojet sont au courant du problème environnemental posé par le réservoir. En août 2011, un comité indépendant recommandait de raser toute la végétation et d’enlever le sol de surface avant d’inonder le site, puis le risque fut de nouveau abordé dans le cadre d’audiences publiques de la compagnie en 2013. Cette même année, les Inuits demandèrent à des scientifiques de l’université Harvard de réexaminer la question et ils en arrivèrent à la même conclusion: le risque de contamination était bien réel. La compagnie Nalcor fit la sourde oreille et s’apprêtait à remplir le réservoir tel qu’il était lorsque les manifestants sont intervenus bruyamment, interrompant les travaux.

Le premier ministre Ball parle maintenant de l’importance de «préserver, avant tout, la santé des citoyens». Voilà de quoi alimenter, une fois encore, le cynisme et la méfiance des électeurs car l’urgence d’agir, on l’aura compris, vient surtout du fait que la colère grogne et que la situation révèle, une fois encore, que la compagnie de la Couronne qui gère le projet est bien incompétente.

Si j’étais le premier ministre ou le nouveau PDG de Nalcor, je prendrai aussi bonne note du fait que cette fois, et la distinction est capitale, ce ne sont pas seulement les Innus (les habitués de la revendication musclée!) qui ont manifesté avec force, mais bien toute la population du Labrador, Innus, Inuits, Métis et Blancs. Qu’on se le dise, les temps ont changé: tout le monde est aujourd’hui sensibilisé aux dangers environnementaux et plus personne n’est disposé à supporter l’incompétence de ceux qui décident et encore moins de ceux qui dirigent.