Blaine Higgs remporte la course, mais pas tous les suffrages

BERNARD THÉRIAULT

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément – Boileau-Despréaux

Gracieuseté
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Si j’ai terminé ma chronique la semaine dernière en disant que la victoire de Blaine Higgs serait une victoire des libéraux, je me ravise et recommande au parti de Brian Gallant d’être très prudent. Devant les résultats de cette convention, qui fut désastreuse à tous les points de vue, force nous est de reconnaître que c’est toute la population du Nouveau-Brunswick qui est perdante devant le choix des conservateurs.

D’abord, le niveau de discours de cette lutte à la direction tire dangereusement vers le bas la qualité du débat politique dans cette province. Blaine Higgs et quelques autres des candidats conservateurs ont tenu une campagne à tout le moins inquiétante sur les questions linguistiques, faisant paraître cet enjeu davantage comme un problème plutôt qu’une opportunité. Les politiques de droite, dont on a fait la promotion lors de cette campagne,nous donnent des raisons d’être inquiets. Jamais nous n’avions vu un discours aussi moribond depuis les campagnes du CoR, au début des années 1990. Plus inquiétante encore fut l’alliance de dernière minute de Monica Barley qui s’est compromise publiquement sur le plancher de la convention afin de régler le cas de la commissaire aux langues officielles afin d’obtenir l’appui de Jake Stewart le plus anti-francophone des candidats.

Ce que je dis aux libéraux après cette désastreuse fin de semaine pour la politique néo-brunswickoise, c’est de ne pas tomber dans le panneau que pourrait devenir ce contexte politique, en tenant un discours réducteur sur la question linguistique. Je leur rappellerai que jamais nous n’avons été aussi fiers de leur chef que lorsque celui-ci a précisé devant des auditoires à Caraquet et Saint-Jean les grands principes d’égalité linguistique qui fait la fierté de notre province. Blaine Higgs est loin d’être un crétin. Il véhicule un message de droite avec lequel beaucoup de Néo-Brunswickois pourraient être d’accord. S’il martèle le discours de la saine gestion gouvernemental et du déficit zéro, il pourrait séduire même des francophones lors des prochaines élections.

N’allez pas croire un instant que les Claude Williams, Mado Dubé et Paul Robichaud de ce monde ne sont plus conservateurs. Au contraire, ils vont redoubler d’efforts pour reprendre leur siège! Ce qu’il convient de faire pour les libéraux est de répéter, chez les anglophones comme chez les francophones, un message cohérent de collaboration et d’égalité des chances qui a si bien servi la province depuis plus d’un demi-siècle. Il suffit de regarder vers Ottawa pour voir qu’après deux mandats de négativisme les Canadiens ont souscrit fortement à un gouvernement plus humain, bref plus près de la population. Si Justin Trudeau a pu trouver des voies ensoleillées pour le pays, faisons de même pour la province.

En terminant, félicitations à René Cormier pour sa nomination au Sénat et bravo au premier ministre Trudeau pour la qualité des candidats qu’il nomme à la Chambre haute. S’il poursuit sur cette lancée, le Sénat sera finalement le haut lieu de débats qu’il se doit d’être.

JEANNOT VOLPÉ

Il aura fallu trois tours de scrutin pour choisir le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur du N.-B. en fin de semaine, parmi les six candidats et une candidate.

Un nombre sans précédent de plus de 7000 délégués inscrits a donné lieu à un événement mal préparé et non fonctionnel à partir de l’enregistrement et jusqu’au vote. La recherche de bénévoles à la dernière minute, le manque de matériel ou de logistique durant le vote, ont donné lieu à de longues périodes d’attente et à beaucoup de frustration de la part des délégués présents. Pourtant, le comité organisateur ainsi que l’association provinciale avaient eu plusieurs mois pour préparer l’activité et connaissaient à l’avance le nombre de délégués attendus. Ce manque de respect total envers les délégués devra être abordé immédiatement par le nouveau chef du parti.

Les délégués ont choisi Blaine Higgs de Saint-Jean comme nouveau chef du parti. Celui-ci a été ministre des Finances sous le régime de David Alward et il est reconnu pour ses positions plus conservatrices que progressistes. Ses actions et ses discours transmettent le message d’une politique du bon sens et dénonce la partisanerie, ce qui plaît, semble-t-il, à une population à la recherche de leadership et de maturité. Il sera difficile pour les libéraux de Brian Gallant de trop le dénigrer puisqu’ils l’ont approché après leur accession au pouvoir afin d’être leur ministre des Finances. M. Higgs aura à créer des liens au niveau du caucus des députés ainsi que dans les régions du Nouveau-Brunswick. Il n’a reçu aucun appui du Nord-Ouest au premier tour de scrutin et seulement trois à Bathurst. Ses attaques contre les anciens élus et même les premiers ministres n’ont certainement pas créé une atmosphère de coopération.

M. Higgs a mentionné à plusieurs reprises que le parti provincial était une façon de se faire élire, mais qu’il prendrait les décisions nécessaires avec ou sans l’appui des députés. Un sondage récent au niveau canadien démontre toutefois que les Canadiens accordent beaucoup d’importance à l’égalité et au respect et je crois qu’il serait sage pour M. Higgs d’en tenir compte. Il a aussi mentionné, semble-t-il, qu’il croyait pouvoir former le prochain gouvernement sans l’appui des francophones, ce qui élimine quelques régions du N.-B. Ce message bien reçu au niveau de sa région devra être modifié s’il a vraiment une vision provinciale de ce que pourrait et devrait être le N.-B. Ce n’est certainement pas Jean Dubé avec ses 39 votes qui lui apportera la crédibilité et des appuis au nord du N.-B.

Il faut donner la chance au coureur, et M. Higgs aura certainement une course à obstacles à l’intérieur même de son parti. Pour les libéraux qui crient déjà victoire après l’élection du chef du Parti progressiste-conservateur, je me souviens de la même atmosphère chez les progressistes-conservateurs à la suite du choix de Shawn Graham comme chef du Parti libéral.