1:54: une réflexion percutante, une conclusion dérangeante

Avec 1:54, le réalisateur québécois Yan England nous offre un premier long métrage dans lequel il confirme tout son talent. Réflexion puissante sur l’éternel sujet d’actualité qu’est l’intimidation, le jeune cinéaste a le mérite de ne pas tomber dans les clichés. Le message qu’il lance dans sa percutante conclusion est toutefois ambigu et ne plaira certainement pas à la majorité.

Tim (le très convaincant Antoine Olivier Pilon) est un adolescent comme tous les autres.  Passionné de science et un peu replié sur lui même depuis le décès de sa mère, le jeune homme passe tout son temps avec son meilleur ami, Francis (Robert Naylor).

La marginalité des deux jeunes en fait des cibles faciles pour leurs camarades de classe, particulièrement l’athlétique Jeff (Lou-Pascal Tremblay).

Quand Jeff apprend que Francis est gai, il enchaîne les mauvaises blagues à un point tel que le jeune homme s’enlèvera la vie, sous les yeux de Tim.

Bouleversé par la mort de son ami et déterminé à faire payer Jeff, Tim décide de joindre le club d’athlétisme de son école avec un seul objectif en tête: battre Jeff sur la distance de 800 mètres afin de priver son ennemi d’une participation au championnat canadien.

Tim s’entraîne donc avec énormément de sérieux.

Lors d’une fête, Jeff découvre un secret que Tim préférerait taire. Vidéo à l’appui, Jeff menace Tim: «tu cesses la course ou je dévoile ton secret sur les réseaux sociaux».

Abattu, Tim abandonne son entraînement sous de faux prétextes. Mais le sentiment de trahir son défunt ami le tenaille au point qu’il reprend la course en cachette.

Viennent alors les sélections pour le championnat canadien et Tim se sent capable de remporter la course. Mais Jeff a toujours son as dans sa manche et il rend publique la vidéo compromettante…

Le talent d’England

Dans ce premier long métrage, Yan England (qui signe aussi le scénario) confirme deux choses. La première: il sait raconter une histoire. On embarque à fond dans un récit qui aborde l’intimidation d’une façon jamais vue dans des émissions comme Watatatow, Virginie et 30 Vies.

Seul bémol: si le récit d’England fait preuve d’originalité, il n’en est pas moins un peu prévisible. Les indices auraient en effet eu intérêt à être dévoilés avec un tout petit peu plus de subtilité.

England prouve également qu’il est un excellent directeur. Il n’est jamais facile de diriger de jeunes comédiens sur un plateau de tournage, encore plus quand on aborde un sujet difficile comme l’intimidation.

England a fait le travail parce que Pilon, Naylor, Tremblay et Sophie Nélisse (qui est malheureusement sous-utilisée) excellent.

Avant de devenir un incontournable, le jeune réalisateur devra toutefois peaufiner son flair visuel. L’éclairage laisse souvent à désirer et l’esthétisme n’est pas toujours au rendez-vous.

Le message et la conclusion

En raison du thème qu’il aborde, 1:54 va faire parler de lui. Un peu comme l’a fait Gus Van Sant dans l’excellent Elephant (2003), England peint un portrait extrêmement sombre de l’intimidation.

Nous seulement nous fait-il réfléchir, mais il nous plonge en plein coeur de l’enfer que vivent les intimidés, leurs amis et leur famille. Certaines scènes sont très crues et à la limite du supportable… et c’est tant mieux! Parce que les intimidateurs doivent comprendre une fois pour toutes que leurs gestes ont des conséquences aussi énormes qu’horribles.

Là où je m’interroge, c’est sur le message qu’England lance aux intimidés. Je m’en voudrais de trop en dire, mais le réalisateur se fait l’apôtre de la vengeance plutôt que de la dénonciation.

Évidemment, c’est dans un désir de raconter une histoire qui soit émotivement lourde et chargée qu’England a choisi d’emprunter cette voie (j’aurais été le premier à dénoncer une conclusion à la Hollywood où tout le monde s’aime après l’intervention d’un professeur).

On se doute toutefois que les intervenants en milieu scolaire ne vont pas apprécier…

England a tout de même le mérite de forcer, grâce à son film, une réflexion sur un thème difficile que les jeunes sont trop souvent réticents à aborder.

Qu’à cela ne tienne, 1:54 est un film que les parents doivent absolument voir avec leurs ados. Les conversations qui s’en suivront ne seront assurément pas plaisantes, mais elles pourraient, j’en suis convaincu, changer des vies.

1:54 – Fiche technique

Genre: Drame

Budget: non dévoilé

Durée:  106 minutes

Une production des studios: Cinémaginaire

Avec: Antoine Olivier Pilon, Sophie Nélisse et Lou-Pascal Tremblay

Réalisateur: Yan England

Scénaristes: Yan England

Partage l’ADN de: Elephant (2003), A vos marques… party! (2007), Sarah préfère la course (2013).

On aime: la profondeur de la réflexion et le jeu de la jeune distribution

On aime moins: le sous-entendu de la conclusion

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario:   3
Qualités visuelles:      3
Jeu des comédiens:      4
Originalité:    4
Divertissement:  4

Total: 18 sur 25