Compter dans son propre filet

René Cormier s’en va au Sénat. La rumeur, qui courait en coulisses depuis quelques jours déjà, a été confirmée la semaine dernière.

Cet artiste et militant a un C.V. long comme le bras, il est bien connu et respecté en Acadie. Si quelqu’un connaît notre culture et nos régions, c’est bien lui. Sa nomination semble faire consensus.

On a cependant été plusieurs à tomber en bas de nos chaises lorsque René Cormier a dit qu’il souhaitait demeurer président de la Société Nationale de l’Acadie.

Si on était en France, où le cumul des mandats est très fréquent, personne n’aurait dit quoi que ce soit. Mais chez nous, cette pratique est beaucoup plus rare.

La SNA dit être la représentante du peuple acadien sur les scènes nationale et internationale.

Elle prend régulièrement position dans divers dossiers qui touchent au gouvernement fédéral et à ses politiques.

Comme bien des organismes acadiens dont la survie dépend en bonne partie de la générosité d’Ottawa, elle se trouve dans une position ambiguë.

Heureusement, cela ne l’empêche pas de lever le ton et de mordiller la main qui la nourrit de temps en temps.

S’il reste en poste à la SNA, René Cormier va finir par être appelé à faire pression sur un gouvernement dont il est membre. Ce sera délicat, pour ne pas dire absurde.

Ce n’est pas pour rien que le cumul des mandats est déconseillé. En jouant dans deux équipes à la fois, on finit par compter des buts dans son propre filet.

Mais attendez un instant. J’aborde peut-être ce dossier à l’envers.

Regardons cela autrement. Acceptons pour un moment que les deux rôles ne soient pas incompatibles, comme l’affirme René Cormier.

On se retrouve avec un tout autre problème.

Si l’on peut à la fois être à la fois sénateur et président de cet organisme porte-parole, alors on doit se poser de sérieuses questions.

À quoi sert la SNA? Et surtout, est-elle suffisamment indépendante du gouvernement fédéral pour pouvoir prétendre être la représentante du peuple acadien?