Espoir de l’art

Une excellente façon de procrastiner quand on n’a pas l’énergie de s’endormir c’est de s’inquiéter sur l’Acadie juste avant d’aller se coucher. Si nos problèmes d’analphabétisation figurent au top de ma liste de préoccupations nocturnes préférées, j’en ai trouvé une nouvelle que j’aime beaucoup: la situation économique de notre domaine artistique.

La chronique du 20 octobre de France Daigle, Artiste par défaut, a dressé le portrait d’artistes visuels et en littérature qui ont les sous-sols pleins de livres et d’oeuvres non vendues. Peu après, la nouvelle sort que les salles de spectacles en Acadie sont vides, ou du moins plus vides que pas. Ayant grandi dans une communauté qui remplissait régulièrement seulement 15% de sa salle de spectacle à 350 places, et qui ne pouvait acheter des livres en français que trois jours par année quand la librairie La Grande Ourse venait faire son missionnaire annuel chez nous, j’ai vu les conséquences de cette non-consommation culturelle: une angloaméricanisation quasi totale, culturellement.

Et pourtant, au Aberdeen jeudi dernier, plus de 200 personnes ont assisté au lancement de l’album Paradis, possiblement des Jeunes d’Asteure, un magnifique album d’art rock au format hors-norme. Si ce paradis-là est possible, il y a encore de l’espoir, assurément.

Les 22+ lancements d’albums qui ont lieu cet automne ne peuvent faire que se cannibaliser un peu le public des uns des autres. Moi-même, j’aurais voulu aller à au moins deux fois plus de ces spectacles, mais ce n’est pas possible pour moi, monétairement. Mes amis débattent fréquemment à quel lancement ils iront cette semaine, faute de pouvoir aller aux deux ou trois ayant lieu. Ayant tous les moyens, on irait tout voir, clairement.

Et on ne peut rien y faire, évidemment. On ne peut pas demander à nos artistes d’arrêter leur production, malgré le climat souvent difficile, économiquement. La solution d’exporter nos produits va de soi, et cette année le succès de la Franco-Fête est d’autant plus important, décidément.

Je demeure par contre hantée par les boîtes de livres et les tableaux qui remplissent nos sous-sols. Arriverais-je un jour à solutionner ça pour enfin pouvoir m’endormir? Espéramment.