Je vous salue L. C.

Nous avons appris la semaine dernière le décès du grand Leonard Cohen. La nouvelle, diffusée jeudi en soirée, a provoqué une onde de choc, même si Cohen lui-même avait récemment laissé entendre qu’il n’en avait plus pour longtemps.

Le lendemain, on nous annonça que Cohen, décédé lundi à Los Angeles, avait déjà été enterré à Montréal, aux côtés de ses parents, à la suite d’une cérémonie en synagogue pour ses proches.

Voilà qui résume tout: l’homme eut toujours plusieurs longueurs d’avance sur nous.

J’ai eu la chance inouïe de suivre la carrière musicale de Leonard Cohen dès la sortie de son premier disque en 1967. J’avais 15 ans, j’entrais en 10e année à l’École secondaire Vanier. Leonard Cohen deviendra pour moi un véritable maître à penser.

À mon avis, en annonçant la nouvelle, les médias ont été paresseux de nous présenter en boucle toujours les mêmes succès archiconnus de M. Cohen. Pour l’avoir suivi de disque en disque, ce survol a éclipsé la majorité des trésors fabuleux que recèle son œuvre poético-musicale majestueuse.

J’ai osé dire un jour, après plus de 20 ans d’écoute intense des disques de Cohen – oui, j’ai eu le culot de confier à un ami dans les années 1990, que j’étais probablement la personne sur la terre qui avait le plus écouté Leonard Cohen. J’admettais que d’autres «fans» soient tentés d’en dire autant, mais je sentais ma position absolument défendable. D’ailleurs je savais par cœur quasiment toutes les paroles de ses chansons.

Le plus beau témoignage que j’ai entendu sur l’œuvre de Leonard Cohen date justement de la même époque: un randonneur qui s’était égaré dans une forêt scandinave fut comme par miracle retrouvé vivant au bout d’une semaine. L’individu expliqua que pour s’empêcher de tomber endormi et de geler à mort, il n’avait cessé de chanter à voix haute les chansons de Cohen.

De là à dire que les compositions de Cohen sont en réalité des prières, il n’y a qu’un pas.

À moi aussi, et à bien d’autres, Leonard Cohen a probablement sauvé la vie, au sens figuré sinon au sens propre.

(La suite la semaine prochaine)