Quand on trompe la population pour se faire élire

Le temps dira si le Donald Trump que nous avons vu en campagne électorale est le même qui est désigné président des États-Unis. Par contre, c’est celui de la campagne qui lui a permis de convaincre assez d’Américains dans un nombre suffisant d’États pour lui donner l’accès à la Maison-Blanche.

En 2008, quand Barack Obama avait été élu, plus de 63% des électeurs s’étaient prévalus de leur droit de vote. Il s’agissait alors d’une participation historique. Cette semaine, les statistiques disponibles laissaient entendre que moins de 53% de la population apte à voter s’est rendue aux urnes.

Dans un cas, l’afflux de nouveaux électeurs a fait élire un candidat qui portait sur ses épaules non seulement les espoirs d’une nation, mais d’une grande partie de l’humanité. Dans l’autre cas, la désertion des électeurs du scrutin a ouvert les portes de la Maison-Blanche à un candidat qui, à part pour ses partisans, inspire plutôt la crainte et l’incertitude.

Le Trump que nous avons vu pendant la campagne électorale s’est fait élire en utilisant une stratégie assez simple de répéter inlassablement les mêmes idées sans égards à leur vérité. En fait, il n’a fait que répéter ce qu’un nombre suffisant d’électeurs voulaient entendre. Il a exploité, entre autres, un biais bien connu dans le domaine de la psychologie et de la philosophie, celui du biais de confirmation.

Ce biais implique que nous sommes ouverts aux opinions et aux affirmations qui confirment ce qu’on pense déjà. Et, réciproquement, nous avons tendance à ne pas porter attention aux idées qui vont à l’encontre de nos propres opinions.

On a vu la semaine dernière que Blaine Higgs semble vouloir utiliser cette stratégie alors qu’il a affirmé que le système d’éducation est brisé. On sait bien que même si tout n’est pas parfait, tout n’est pas mauvais non plus. Il ne précise pas ce qui est précisément brisé, mais il répète le même message en soulignant que c’est ce que lui disent ses électeurs.

On penserait que rectifier les faits suffirait à rajuster l’opinion. Malheureusement, trop souvent, le réflexe est de mettre toutes les opinions sur un même pied d’égalité. C’est-à-dire qu’une opinion a autant de poids qu’une autre. Dans ce contexte, il suffit d’utiliser une autre stratégie, celle de la désinformation. Et à l’ère des médias sociaux, la fausse information peut atteindre rapidement un très large public. Avant que les faits soient rectifiés, l’idée a fait son chemin et une autre information erronée est mise en circulation.

Le remède consiste à être capable de reconnaître les informations et les sources d’informations fiables. Bien sûr, la pensée critique doit être sollicitée. Mais il faut aussi savoir comment le savoir se construit. C’est là qu’interviennent les disciplines fondamentales en sciences humaines, en sciences naturelles, dans les langues et les mathématiques.

L’éducation à la citoyenneté, ce n’est pas seulement d’inciter les citoyens à aller voter. Ce n’est pas non plus uniquement d’apprendre comment le système électoral fonctionne. C’est beaucoup plus profond.

L’éducation à la citoyenneté suppose un effort de longue haleine qui consiste à acquérir les compétences pour chercher à comprendre le monde et les autres. Le problème très concret est que l’utilité de cette compréhension est parfois présentée d’une manière très éloignée du vécu des élèves.

Il ne faut justement pas leur présenter les apprentissages comme répondant au seul principe de l’utilité. Développer une pensée critique à l’aide des matières scolaires mène à un art de vivre qui permet de trouver un certain équilibre. Dans des situations inhabituelles, comme celle vécue aux États-Unis lors des 18 derniers mois, cet équilibre prend tout son sens.