Un rempart contre l’obscurantisme

J’aurais aimé pouvoir assister, la semaine dernière, à la première du film de l’ami Rodolphe Caron, Simplement Viola. D’abord parce que j’aime ce que fait Rodolphe, sa manière unique de se retirer pour laisser toute la place à son sujet (je pense ici, en particulier, à son merveilleux film Pour la cause) et parce que j’aime, comme tout le monde, la merveilleuse artiste qu’est Viola Léger.

Il y a une autre raison pour laquelle je regrette de n’avoir pu prendre ma place dans la salle au moment de la première de ce long métrage: c’est que j’ai besoin de beauté, d’émotions et d’aspirations positives en cette période de laideur humaine qui me cause tellement d’angoisse quant à l’avenir de notre monde, bref, parce que je ressens un énorme besoin de renouer avec le meilleur de l’humanité.

Le spectacle (car c’est d’abord et avant tout du théâtre) auquel nous avons assisté aux États-Unis la semaine dernière, c’est le triomphe de l’ignorance et de la tromperie: car le populisme qui a permis à vous savez qui de décrocher la victoire est fondé sur le rejet de la réalité et sur le pouvoir que donne le simple fait de dire aux gens ce qu’ils veulent entendre. Cette victoire, c’est aussi le naufrage des bien-pensants, des donneurs de leçons et des profiteurs de nos sociétés, l’envers en quelque sorte de ce populisme.

L’heure est grave : Brexit, T…. et bientôt, vous verrez, le Front national en France. L’obscurantisme est en marche. Nous n’y pourrons peut-être rien, mais c’est dans ces moments-là qu’il fait bon se souvenir du gros bon sens de notre Sagouine, de l’incomparable talent d’Antonine Maillet et de Viola Léger, de la sensibilité merveilleuse de Rodolphe Caron, de la verve de nos auteurs, de nos auteurs-compositeurs-interprètes, de nos artistes.

L’expression artistique, l’élan de l’Homme vers la spiritualité, sa quête d’absolu et de beauté reste aujourd’hui notre dernier refuge contre l’horreur du quotidien, contre le succès de l’ignorance, de la rage et de la peur. La poursuite du beau, en nous et autour de nous, demeure, à mon sens, notre seul espoir pour vaincre cette noirceur et trouver une manière plus saine de vivre et d’avancer ensemble.