Le dossier du transport scolaire bilingue au Nouveau-Brunswick

 

BERNARD THÉRIAULT

Le gouvernement Gallant a pris la bonne décision en retirant sa demande de renvoi dans le dossier du transport scolaire. Cependant, je persiste et signe en disant que le transport scolaire des élèves est une partie essentielle de la formation et qu’en milieu minoritaire, il faut absolument qu’elle se fasse dans sa langue maternelle.

En redonnant aux conseils scolaires la prérogative de décider des politiques de transport scolaire, on place la décision entre les mains de ceux qui savent mieux que quiconque ce qui est bon pour leurs enfants.

Il faut comprendre la grande difficulté pour les parents d’enfants francophones dans des endroits comme Saint-Jean, Fredericton et même Miramichi de maintenir un milieu favorable au maintien de la langue, pour voir combien peut devenir important le transport scolaire dans la langue maternelle.

Pour les parents des régions homogènes comme la Péninsule acadienne, le Restigouche et le Madawaska, il est presque impossible de saisir l’importance pour des enfants d’être capable de socialiser dans sa langue pour la petite demi-heure du trajet qui vous conduit à l’école et qui vous ramène à la maison.

Difficile pour nous, les ruraux francophones, d’imaginer la pression sociale qu’exercent les milieux urbains majoritairement anglophones du sud de la province sur les enfants.

On veut tous faire comme les autres et quand les autres parlent l’anglais, eh bien, vous comprenez le reste de l’histoire.

Ne nous faisons pas d’illusions. De nombreuses écoles francophones en régions minoritaires peinent à faire parler les enfants en français dans les corridors et sur les terrains de récréation. Pas difficile dans ce contexte de prévoir ce qui se passe dans un autobus bilingue.

Et pour les conservateurs fiscaux qui crient à la dépense inutile dans ce dossier, les chiffres confirment que les dépenses reliées à un système d’autobus français et anglais sont minimes.

D’une part, les populations francophones et anglophones sont en grande majorité situées dans des régions homogènes et, d’autre part, le nombre d’élèves francophones dans les grandes villes néo-brunswickoises est suffisamment important pour éliminer la duplication.

Il est démontré d’ailleurs que le Nouveau-Brunswick, malgré un système de transport scolaire dualiste et une ruralité plus grande que la Nouvelle-Écosse, paye moins cher per capita que la province voisine pour transporter ses élèves.

Le pouvoir de décider est maintenant là où il aurait dû être depuis le début, c’est-à-dire au district solaire. C’est le genre de décision qui se prend beaucoup mieux près de la population, et j’ai bon espoir que les instances locales feront preuve de beaucoup de jugement dans les circonstances où le bon sens devra prévaloir.

Maintenant que cette prétendue crise linguistique a pris fin, occupons-nous maintenant des vraies affaires et demandons au gouvernement de rouvrir l’école de Saint-Paul de Kent. Ça, c’est un vrai problème!

JEANNOT VOLPÉ

Comme prévu, les dossiers contestés se règlent maintenant de façon beaucoup plus expéditive alors que la période préélectorale est enclenchée. D’abord, le dossier de la distribution du gaz naturel avec la compagnie Enbridge, puis celui de la dualité au niveau du transport scolaire. Il est intéressant de voir que le ministre Denis Landry, même s’il n’a pas de formation légale, a celle du bon sens pour compenser et qu’il a aussi beaucoup plus de flair politique que son collègue, le ministre Serge Rousselle.

Le dossier de la dualité linguistique au niveau du transport scolaire avait été apporté à l’avant-plan du programme politique du gouvernement Gallant afin de diviser les progressistes-conservateurs.

Toutefois, les libéraux réalisent que c’est leur propre parti qui est maintenant ébranlé. Le gouvernement libéral de Brian Gallant est composé de plusieurs députés et ministres anglophones qui se font rappeler régulièrement, par ceux et celles qui les ont élus, que la dualité linguistique dans le transport scolaire est ridicule et ne fait pas de bon sens.

D’ailleurs, durant la course au leadership du Parti progressiste-conservateur, plusieurs libéraux ont changé de camp afin de démontrer leur mécontentement.

Leur faible majorité force les libéraux à changer leur direction et de retirer leur cause qui était devant les tribunaux. J’imagine que de bons amis à Ottawa leur ont aussi fait comprendre qu’ils n’étaient pas convaincus que la cause pouvait être gagnée.

Comment un gouvernement avec des défis financiers aussi importants peut-il justifier des dépenses pour un service qui n’est utilisé que par une partie de la population scolaire alors qu’il y a un urgent besoin de matériel pédagogique et d’enseignants en éducation? Je suis convaincu que les parents choisiraient ce qui pourrait améliorer les conditions d’apprentissage de leurs enfants plutôt que d’augmenter le nombre d’autobus qui circulent à moitié vide. D’ailleurs, les piètres résultats scolaires aux tests provinciaux démontrent un besoin criant d’amélioration afin que nos enfants puissent atteindre les niveaux établis par la province. Il est inacceptable que les enfants qui marchent ou qui sont conduits à l’école par leurs parents n’aient pas les outils pédagogiques nécessaires en raison d’un système de transport inefficace. Le nouveau ministre de l’Éducation, Brian Kenny, a compris qu’un autobus scolaire n’est pas un outil d’apprentissage. Il y avait de l’éducation au N.-B. avant l’arrivée du transport scolaire et il semble que ce soit beaucoup plus un dossier pour les mercenaires de la langue que pour les élèves.

À l’approche des élections de 2018, d’autres décisions qui semblaient très solides pour les libéraux de Brian Gallant vont aussi s’effriter sous la pression politique.

Les libéraux savent très bien qu’ils ont besoin de députés anglophones pour gagner l’élection et les maintenir au pouvoir.

Théoriquement, les progressistes-conservateurs pourraient prendre le pouvoir sans les francophones. C’est pourquoi la politique du bon sens devrait être plus importante que la politicaillerie dans une province trop petite pour être divisée.