L’exorcisme de ma haine

«On rentre, tu me montres le spot, je fais mon affaire, and we get the heck outta there, OK?»

Quand c’est Zachary Richard qui te dit ça, «le spot» c’est la tombe du Gouverneur Lawrence qui a orchestré la déportation, et «son affaire», c’est de chanter Réveille dessus, il n’y a qu’une seule réponse à donner: «Ok».

Ce moment surréel de ma vie a été capté pour le documentaire de Phil Comeau primé au FICFA, Zachary Richard, Toujours batailleur. Ce film a été beaucoup vu et discuté dans la dernière semaine, ce qui me rassure que je n’ai pas imaginé la whole affaire.

La tombe du Gouverneur Lawrence, située nonchalamment en plein cœur de ma ville, Halifax, me hantait depuis longtemps. Je n’avais qu’à y penser pour que mon sang commence à bouillir et que la haine embrouille mon cerveau. Certes, j’étais fâchée des horreurs commises lors du génocide de mon peuple. Mais plus que ça, j’étais enragée du legs de la déportation que je voyais dans mon quotidien: les régions de la Nouvelle-Écosse éloignées et isolées les unes des autres, l’absence d’un sens de collectivité commune, la honte linguistique et identitaire présente partout, «l’ancienne Acadie» qui continue à être fertile et à ne plus nous appartenir. Je voyais rouge, comme si j’avais un redcoat dans l’œil.

On ne peut pas voir clair quand on a la rage au cœur. Si le sentiment d’injustice est valide et mérité, il est peu productif. Être fâchée contre un britannique très, très mort, ça fait de bons articles et des poèmes adéquats, mais ça te laisse dans un loop infini de haine et de frustration qui mène nulle part.

Voir Zachary lui chanter Réveil a brisé le cycle et m’a permis d’en finir, une fois pour toutes, avec cette église, avec ce génocidaire, et avec la haine. J’ai pu passer à autre chose. C’est ça, la résilience.

Je vous invite donc à confronter les mépris qui vous hantent, et de les exorciser à votre façon. L’Acadie mérite cette thérapie psycho-identitaire et vous aussi, pour que ce soit la paix qui guide notre avenir.