Autobus scolaires… peut-on maintenant passer à autre chose?

Je vais l’écrire aussi directement que je le peux. Concernant la question des autobus bilingues ou homogènes, pour reprendre une expression anglaise, on a voulu réparer quelque chose qui n’était pas brisée. Encore une fois, comme trop souvent en éducation, on a navigué au pif du début à la fin.

Le tout a commencé, en 2014, lorsque l’Atlantic Institute for Market Studies a publié une étude qui suggérait qu’il y aurait des économies de masse à faire en fusionnant les services de transport scolaire anglophones et francophones. Malheureusement, l’étude n’indiquait pas l’ampleur des économies potentielles.

D’ailleurs, personne, à ce jour, n’a jamais mis sur la table la nature des économies que cette idée pourrait générer. Surtout que dans son état actuel, le transport scolaire au Nouveau-Brunswick ne coûte pas plus cher que dans d’autres provinces.

C’est une bonne chose, en fait, que la question n’est plus devant la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick. Si la Cour avait jugé que le transport scolaire ne faisait pas partie de l’esprit de l’article 23 qui garantit une éducation dans la langue de la minorité là où le nombre le justifie, ça aurait pu ouvrir la voie à d’autres remises en question liées à la dualité en éducation.

En d’autres mots, comme le dit le proverbe, il ne faut pas allumer un feu que l’on ne saurait éteindre. Au moins, la solution de transférer la responsabilité aux districts scolaires est une bonne idée. Elle aurait d’ailleurs pu être suggérée depuis longtemps. Je verrais même d’un bon œil que des projets de collaboration avec les services municipaux pourraient être mis à l’essai, du moins pour les élèves du secondaire.

Mais pendant ce temps, d’autres enjeux n’ont pas beaucoup avancé. Le dossier des garderies homogènes est un bon exemple. Bien sûr, si nous voulons assurer le développement d’une identité acadienne et francophone forte chez nos enfants, il faut les placer dans des conditions favorables depuis la petite enfance.

Soyons clairs, les personnes œuvrant dans les garderies bilingues et les propriétaires de celles-ci peuvent être habitées des meilleures intentions. Mais les modèles efficaces de cohabitation sont très rares… voire même s’ils existent!

Il ne suffit pas d’être capable de comprendre les enfants qui s’expriment en français ou de s’adresser à eux dans leur langue pour traduire les directives. Il faut être en mesure de leur proposer un environnement qui leur permet de s’approprier et de conserver leur propre culture.

L’appropriation de deux ou de plusieurs cultures est possible dans une garderie qui serait bilingue, du moins en théorie. Pour que ça se produise, cependant, il faut que la culture de la minorité ait un poids assez grand pour compenser l’effet de la culture de la majorité dans la totalité du vécu de l’enfant… y compris en dehors de la garderie.

Dans un milieu minoritaire comme c’est le cas dans plusieurs régions du Nouveau-Brunswick, le poids de la culture anglophone est énorme. L’effort pour vivre en anglais est minime si on le compare à celui de vivre en français. Et, quand ça devient trop compliqué de vivre en français, c’est facile de se demander pourquoi on se donne tant de peine!

Autobus unilingues, garderies unilingues, au fond, l’enjeu n’est-il pas le même? Se donner les moyens de garder vivantes la langue française et la culture acadienne, ici, dans un petit coin de l’Amérique.