De l’engagement pur et simple

La prochaine fois que je désespérerai une fois de plus de la race humaine – et avouons que, ces temps-ci, ce ne sont pas les occasions qui manquent -, j’ai résolu de penser à Rachelle Connors.

Rachelle est une franco-ontarienne installée depuis 1984 à Plaisance, ancienne capitale française de Terre-Neuve sous Louis XIV, plus connue aujourd’hui sous «Placentia», nom que les anglophones du lieu trouvent plus approprié à «leur» histoire, ignorant sans doute que c’est en fait un nom basque. Mais bon, ça c’est une autre histoire!

Mme Connors (tout le monde l’appelle Rachelle) n’a jamais fait partie des regroupements francophones de la province. S’étant installée à Plaisance pour suivre son conjoint anglophone, elle s’est contentée de travailler l’été pour Parcs Canada au site historique de Castle Hill où se trouvent les vestiges du fort construit pour le Roi Soleil selon les plans de Vauban, d’accueillir les touristes dans les deux langues, de les encourager à découvrir le village en contrebas et, ce faisant, d’aider sa communauté à s’intéresser au potentiel touristique et culturel de son histoire française. D’autres gens s’y sont mis aussi, à tel point qu’en 2003, Rachelle réussit à créer l’Association française de Plaisance.

Il aurait sans doute été plus aisé pour elle de s’intégrer pleinement en anglais, de bien faire son travail sans plus et surtout de ne rien revendiquer. Pourtant, fière de l’histoire française du lieu, elle décida de faire sa part, chaque jour, pour la faire revivre.

Lorsque le conseil municipal décida, en 2015, d’éliminer le français de toute sa signalétique, la gentille Rachelle se mua en véritable passionaria, luttant bec et ongles pour que le conseil revienne sur sa décision. Si un de ces jours vous passez par là et que vous voyez la pancarte Bienvenue à Plaisance à l’entrée du village, sachez que c’est à elle que vous devez cet accueil.

La Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador vient de lui remettre sa Médaille Roger Champagne. C’est la toute première fois que cette reconnaissance est attribuée à une personne hors du milieu associatif de la fédération. On applaudit très fort Rachelle Connors. Il faudrait des milliers de personnes comme elle.