Les libéraux seront bientôt ramenés à la dure réalité sur trois fronts

Si vous appréciez le climat politique calme depuis l’élection de Justin Trudeau, profitez des derniers jours de la saison.

Étant donné les échéances imminentes de trois fronts potentiellement problématiques pour le gouvernement libéral, tout porte à croire que la température politique est sur le point de monter.

D’ici la fin de l’année, le premier ministre sera mis à l’épreuve concernant certains des engagements principaux de sa campagne. Il doit en arriver à un consensus sur le front fédéral-provincial et possiblement au sein de son propre caucus aussi.

Le comité spécial, qui explore la possibilité d’une réforme du système électoral canadien, présentera ses conclusions au gouvernement d’ici le 1er décembre. Si les libéraux ont pris une position de principe sur cette question, ils réussissent très bien à ne pas la dévoiler.

Or, le rapport du comité devrait révéler le début de la fin du jeu de cachette des libéraux.

À la table ronde de la réforme électorale, les partis d’opposition représentent la majorité. Cependant, aucun gouvernement n’est obligé de mettre en œuvre la recommandation d’un comité. Si une telle obligation existait, la nouvelle loi canadienne sur le suicide assisté par un médecin serait beaucoup moins restrictive.

Toutefois, si l’opposition présente à Trudeau un consensus sur la voie à suivre quant au système électoral, le premier ministre devra au moins offrir une réponse cohérente – un manque flagrant jusqu’à maintenant.

La ministre de la Réforme démocratique, Maryam Monsef, a annoncé la semaine dernière, sur la base de ses propres consultations, que le public ne fait pas consensus sur un système électoral préféré. Les indications fournies au comité, par contre, semblent favoriser un système plus proportionnel. Dans ce cas, la définition de «consensus» dépend grandement de la personne opportuniste qui le considère. Mais on en reparlera plus tard.

Les chances d’un comité majoritaire ont augmenté la semaine dernière quand le NPD a annoncé qu’il pourrait appuyer la réclamation des conservateurs d’un référendum national pour un tout nouveau système électoral. S’il y a une solide majorité au sein de l’électorat pour quelque chose de pertinent à une réforme électorale, c’est qu’il faut une approbation par plébiscite national.

D’une manière ou d’une autre, il semble que la promesse de Trudeau ne sera pas tout à fait tenue. Au cas (toujours improbable) où les libéraux acceptent un plébiscite national, le débat mènerait à la réécriture de la Loi référendaire fédérale et ensuite à la tenue d’un vote national. Il serait toutefois extrêmement difficile de tout accomplir dans le temps que nécessite Élections Canada pour mettre en place un nouveau système électoral avant 2019 — tout en présumant, bien sûr, qu’une réforme aura effectivement lieu.

Or, le 9 décembre, Trudeau est censé rencontrer les premiers ministres pour mettre la dernière main sur la stratégie sur le changement climatique.

Les premiers ministres ne se sont pas rencontrés depuis que Trudeau a déclaré son intention de mettre en place un prix plancher sur le carbone. Entre-temps, la victoire de Donald Trump et la prévision que son gouvernement ne donnera pas suite à l’Accord de Paris sur le climat ont apporté de l’eau au moulin des personnes contre la taxe canadienne sur le carbone.

Trudeau a certainement assez d’appui pour cette taxe, mais pas pour son plan de couper à 3% l’augmentation annuelle du transfert en matière de santé. Il aimerait éviter tout lien entre ces deux dossiers. Sans stratégie de conciliation par rapport aux fonds de santé, ce lien sera peut-être difficile à éviter le mois prochain.

D’ici le 19 décembre, le cabinet fédéral doit aussi prendre sa décision sur l’avenir du plan de Kinder Morgan d’augmenter la capacité du pipeline TransMountain qui relie l’Alberta à la côte du Vancouver. À la suite de l’élection américaine, le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, soutient que la victoire de Trump ainsi que la possibilité du retour du projet Keystone XL ne réduisent pas le besoin d’une plus grande capacité de pipeline au Canada.

Trudeau affirme depuis longtemps qu’il n’ira pas de l’avant avec un pipeline sans une soi-disant «licence sociale». Si son administration appliquait les mêmes critères flous à la recherche d’un consensus pro-pipeline en Colombie-Britannique qu’il applique pour conclure qu’aucun consensus n’est en vue pour la réforme électorale, on ne réaliserait jamais le pipeline TransMountain.