Réflexion – Les femmes, le sport et les médias

La question me chicote depuis que j’ai lu les propos de la coureuse Nathalie Boivin dans notre édition de lundi. Peu après son assermentation à titre d’immortelle au Temple de la renommée de Course NB, elle a affirmé constater une inéquité du traitement consacré aux athlètes féminines dans les médias.

Même si elle reconnaît que des efforts sont faits pour corriger ce déséquilibre, Mme Boivin a fait part à mon collègue Vincent Pichard que les journalistes donnent en priorité la parole aux champions masculins, peu importe le sport.

Bien entendu, en tant que journaliste, je me suis senti directement interpellé par ces propos.

D’abord, est-ce la réalité? La réponse? Oui… et non.

Oui, parce que nous devons faire face à un monde majoritairement masculin. Et corrigez-moi si je me trompe, mais les principaux intervenants sportifs à qui nous avons à poser nos questions sont… des hommes.

Les entraîneurs des équipes de hockey élite? Ce sont, pour la plupart, des hommes.

Les meilleurs joueurs de hockey qui aspirent à atteindre la Ligue nationale? Ce sont, encore une fois, des hommes.

La plupart des entraîneurs et athlètes de calibre provincial et national sont des hommes.

Et il faut dire, souvent par simple réflexe inné par des années de pratique, que le milieu journalistique sportif se comporte encore un peu comme un dinosaure. Il suffit de voir le peu de femmes qui «osent» s’incruster dans cet environnement rempli de muscles saillants, de testostérone au plafond et de sueur qui ne sent pas toujours le parfum des roses.

Et quand une femme réalise une bonne performance ou un exploit, nous avons encore cette vilaine tendance de la considérer comme une «exception», un intermède entre deux réalisations masculines.

Mais cela ne veut pas dire que les choses ne changent pas. En fait, elles sont en train de changer. À la vitesse grand V.

De qui avons-nous le plus parlé en course à pied cette année? Si vous avez répondu Geneviève Lalonde, vous remportez deux morceaux de robot.

Un survol rapide de nos pages dans les dernières semaines démontre clairement que le sport féminin obtient – et fait vendre – de la copie.

L’Attack de l’Atlantique brille de tous ses feux en ringuette depuis deux saisons. Et la ringuette, c’est pratiqué par des filles.

Encore cette semaine, mon collègue Stéphane Paquette nous a présenté la patineuse artistique Lissa Ann McGaghey, de Campbellton, une des meilleures de sa profession au pays dans la catégorie junior.

La Presse canadienne nous a fourni une série de reportages très intéressants sur Manon Rhéaume, la gardienne de but qui a brisé la barrière féminine dans la LHJMQ en 1991 et dans la LNH quelques années plus tard. Une Manon Rhéaume qui allait mener à l’arrivée de Charline Labonté devant le filet du Titan d’Acadie-Bathurst en 1999.

Évidemment, cela n’a rien de scientifique. Ce n’est qu’une constatation en feuilletant nos pages sportives des derniers jours.

En fait, on se rend bien compte que le quotidien du sport est encore mené par les hommes, mais que les exploits sont aussi l’affaire des femmes. Combien de fois avons-nous accordé de larges espaces dans nos pages à Carole Fournier, cette ultramarathonienne, à la suite de ses aventures?

Ce ne sont plus des «exceptions».

Et pour vous dire bien franchement, les commentaires des femmes après une grande performance sportive nous changent des clichés hyperusés que les gars nous servent à tour de bras.

Peut-être aussi que ces femmes hésitent à nous approcher? Pourtant, elles ne devraient pas. Leurs exploits ne sont pas une question de sexe fort ou faible. Il faut se mettre dans la tête que l’effort, qu’il soit masculin ou féminin, n’a d’égal que la volonté de celui ou celle qui le donne.

Aurons-nous, un jour, une égalité?

C’est à souhaiter. Car les femmes offrent des prestations inspirantes dans un milieu encore un peu macho sur les bords.

En fait, nous devrions prendre des leçons de ce changement de cap. Surtout nous, les journalistes. Car le sport a tout à gagner de sa féminisation. Mais comme nous sommes des dinosaures, ça va prendre un peu de temps…

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Depuis mercredi, une nouvelle étoile brille dans le ciel. Nicolas Robichaud, ce garçon plein de courage, nous a quittés à la suite d’un long combat contre la leucémie, la même maladie qui a emporté son père quelques mois auparavant.

Carey Price en compagnie de Nicolas Robichaud, en septembre, à Ottawa. - Gracieuseté
Carey Price en compagnie de Nicolas Robichaud, en septembre, à Ottawa. – Gracieuseté

La vie nous rappelle cruellement qu’il se peut, à seulement 15 ans – on n’a encore rien vécu à cet âge! -, que l’on éteigne les lumières.

Nicolas a marqué, à sa façon, le petit monde du hockey dans la Péninsule acadienne et dans la province. Il a voulu faire comme son idole, Carey Price, et porter les grosses jambières. Il a aidé les Lynx pee-wee AAA à s’illustrer au prestigieux Tournoi international de hockey pee-wee de Québec.

En septembre, il a eu la chance de rencontrer son idole, au camp d’entraînement d’Équipe Canada à la Coupe du monde de hockey, à Ottawa. Malgré la maladie qui l’affaiblissait, Nicolas a pu passer de merveilleux moments dans les gradins, pendant l’entraînement, à observer les moindres faits et gestes du célèbre no 31.

Ensuite, Price et le jeune homme ont pu échanger quelques mots. Avant de quitter, Carey lui a remis son bâton de gardien de but.

Aujourd’hui, Nicolas est avec les anges. Il est aux côtés de son père aussi. Et si jamais une équipe de hockey au ciel se cherche un gardien de but, il pourra se proposer. Il sera très bon, j’en suis persuadé. Car il a appris du meilleur.