Si les conservateurs fédéraux recherchent un chef susceptible de bien se défendre en français contre Justin Trudeau en 2019, plus de la moitié des concurrents pour la succession de Stephen Harper gaspillent leur temps.

Si on se base sur le débat bilingue de la semaine passée, seuls six sont à la hauteur.

Ce n’est pas étonnant que ce groupe comprenne deux candidats québécois. L’aisance de Maxime Bernier en anglais est égale, voire supérieure, aux compétences françaises de ses adversaires. Quant à Steven Blaney, ses habiletés en anglais sont à la hauteur comparativement à la faible moyenne des compétences françaises des autres concurrents. Les anciens ministres, Chris Alexander et Michael Chong, l’ancien Président de la Chambre des communes, Andrew Scheer et l’homme d’affaires de Vancouver, Rick Peterson, complètent la liste.

Un politicien francophone dans la course pour un poste de direction d’un parti fédéral serait ridiculisé si ses compétences en anglais étaient aussi faibles que les compétences en français de certains des anciens ministres influents en lice pour remplacer Harper.

Ni Lisa Raitt ni Erin O’Toole, les candidats préférés de certains travailleurs en place sur la Colline du Parlement, ne pourraient survivre à une entrevue à la populaire émission de Radio-Canada, Tout le monde en parle – encore moins faire progresser la cause conservatrice lors d’un débat francophone.

On dit que Kellie Leitch a passé des semaines dans des cours d’immersion en français l’été dernier. Le résultat démontre avec évidence que l’acquisition d’habiletés dans une langue seconde est plus facile à dire qu’à faire.

Ceux qui défendent des candidats unilingues soutiennent que, étant donné qu’il reste plus de deux ans entre l’élection du chef en mai et la campagne fédérale en 2019, la personne sélectionnée devrait avoir assez de temps pour améliorer son français.

Il ne faut pas oublier que le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, unilingue à sa nomination, est maintenant à l’aise de donner des entrevues en français cinq ans plus tard. La juge en chef, Beverley McLachlin, a similairement appris à parler français couramment après sa promotion à la Cour suprême.

Toutefois, ni l’un ni l’autre n’a dû gagner une course à la direction pour obtenir son poste. Selon la formule conservatrice, chaque circonscription a une importance égale dans le résultat. Étant donné l’absence d’un grand favori, un candidat devra probablement être le deuxième choix de bon nombre des partisans de ses adversaires pour gagner. Et il serait essentiellement impossible de gagner sans appui important au Québec.

Si un conservateur québécois avait le choix, c’est presque certain qu’il ne voudrait pas un chef qui ne parle pas couramment le français. Et ce fait n’est pas seulement vrai pour les Québécois, mais aussi pour de nombreux Canadiens. Il va sans dire qu’un aspirant à la direction d’un parti fédérale devrait être bilingue.

Même s’ils le voulaient, les députés québécois présentement non alignés auraient du mal à vendre l’idée d’un candidat unilingue anglophone à leur association de circonscription.

Prenons l’exemple de Belinda Stronach. En 2004, les conservateurs du Québec avaient désespérément besoin de quelqu’un pour bloquer le chemin de Harper vers la direction du parti. Faute d’avoir un meilleur choix, bon nombre des membres du parti ont appuyé Stronach, bien qu’elle n’était pas bilingue. Ces appuis de gens biens placés ne se sont toutefois pas traduits en appui populaire.

Certains croient, par contre, que les conservateurs ne devraient pas s’inquiéter des préférences linguistiques du Québec. Harper n’a-t-il pas sécurisé une majorité en 2011 avec seulement quelques sièges dans cette province? Oui, mais n’oublions pas que les libéraux se sont pris en main depuis lors.
Depuis que Trudeau est entré en fonction il y a un an, sa popularité dans sa propre province a augmenté de 15 points relativement aux résultats électoraux du parti. C’est la seule région du pays où l’appui pour les libéraux a augmenté depuis leur prise de pouvoir.

La popularité des libéraux ne revient pas seulement à Trudeau. La décision du NPD de congédier Thomas Mulclair y a aussi contribué. Les néo-démocrates auront de la difficulté à trouver un successeur avec autant de poids au Québec. Jusqu’à maintenant, ils n’ont pas de solution.

Alors, le prochain chef du Parti conservateur du Canada ne pourra peut-être pas compter sur la division du vote des autres allégeances politiques pour gagner des sièges au Québec en 2019. Puisque le vote au Québec en 2015 était divisé en quatre, Harper a terminé sa dernière campagne avec le plus grand nombre de sièges envisageables. La part conservatrice des suffrages exprimés n’a pas augmenté non plus.

Étant donné que le Bloc Québécois n’a plus d’influence dans sa province et que le NPD est sur le point de régresser à un chef moins connaissant du Québec, un candidat conservateur qui peine à s’exprimer en français pourrait être exactement ce dont Trudeau a besoin pour restaurer la forteresse libérale au Québec que son père avait construite.

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