Pis, comment ça va à Moncton?

Me voilà assise à la table de cuisine dans la maison de ma mère à la Baie Sainte-Marie. C’est la première fois que je remets les pieds dans la province que j’ai divorcé de façon assez publique il y a six mois.

Quand on me demande comment ça va à Moncton, je ne sais pas trop comment répondre. La chose sensée à dire est simplement que tout va bien, mais je n’y arrive pas. Je me sens obligée de d’abord contextualiser la raison pour laquelle je suis venue: pour échapper à ma propre assimilation, résultat de vivre trop peu dans ma langue.

Je me considère d’abord comme une exilée linguistique et une réfugiée culturelle, et peu importe la richesse des expériences que je continue à vivre dans la capitale contre-culturelle de l’Acadie, il en reste que c’est en fuyant les conditions de mon chez-moi que j’y suis arrivée. Tous les moments merveilleux que je vis sont teintés du fait que je ne les aurais jamais vécus si j’étais restée à Halifax.

D’ici, cette ville et son monde me semblent tellement loin. Ses artistes, ses événements et ses personnages ne rayonnent pas jusqu’en Nouvelle-Écosse. J’ai de la difficulté à raconter des anecdotes, parce je dois donner tellement de contexte pour les dire que les histoires en perdent leur charme.

De plus, j’ai personnellement été spectaculairement chanceuse dans les opportunités que j’ai reçues depuis mon arrivée (faire une prestation à Acadie Rock, correspondre avec le premier ministre Gallant, faire un court métrage lors du FICFA, écrire ces chroniques pour l’Acadie Nouvelle), que j’ai l’impression de simplement me vanter de vivre des choses qui ne se passeraient simplement pas ici. Même mes histoires sociales, celles où on gambade d’une place à l’autre et croisant nos amis, me laissent culpabilisée d’avoir autant d’amis qui parlent ma langue, de croiser les vedettes de l’Acadie dans la rue, et de tout simplement vivre, vraiment vivre, dans ma langue.

Mon privilège m’est tellement évident qu’il me tait.

Je vais commencer à répondre à la question “Comment ça va à Moncton” avec “Ça dépend de combien de temps tu as pour m’écouter”.