Le Sauveur est arrivé!

Le nouveau président américain est fâché. Très fâché. Car les mozusses de médias sont allés dire que la foule présente à son inauguration était moins grosse que celle de l’ex-président Obama. Ö lèse-Trumperie!

Quand les médias finiront-ils par comprendre que Donald Trump déteste ça quand ce n’est pas lui qui a la plus grosse? La plus grosse main, la plus grosse tour, la plus grosse ambition, quoi!

Dommage que les médias soient si cruels envers lui. N’est-il pas appelé à devenir, selon lui, le plus grand créateur d’emplois que Dieu n’ait jamais créé? Toujours selon lui, son cabinet n’est-il pas le cabinet possédant le QI le plus élevé jamais mis en place à Washington? N’est-il pas aussi le meilleur négociateur que la Terre n’ait jamais porté? N’est-il pas le Plus Grand, le Plus Intelligent, le Plus Tout?

Et pour le prouver, à l’instar des roitelets de républiques de bananes, n’a-t-il pas signé, le jour même de son inauguration, pour bien marquer son avènement, un décret faisant du 20 janvier la «Journée nationale de la Dévotion patriotique»?

La Dévotion patriotique! C’est du Kim Jong-un tout craché!

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Certes, son inauguration présidentielle fut grandiose. Elle aurait coûté autour de 200 millions $! C’est vrai que les militaires et les majorettes qui défilaient étaient tous et toutes sur leur trente-six. (Sur leur trente-et-un, pour nos amis Frônçais.)

C’est vrai aussi que son épouse portait une magnifique robe de chambre en polar d’un bleu pourde hallucinant qui allait quasiment jusqu’à terre et lui allait quasiment à merveille.

D’ailleurs, c’était le thème de la garde-robe d’inauguration de la Première Madame, puisque le soir, pour les bals présidentiels, elle était encore une fois entortillée dans un vêtement. Cette fois, une sorte de gaze à pansement ivoire très chic qui donnait malheureusement l’impression qu’elle était enroulée dans une grosse crêpe bretonne. Mais c’est peut-être un effet hyperréaliste de ma télé haute-définition.

Finalement, le seul élément de l’inauguration qui n’était pas présidentiel, c’était le président!

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Outre les toilettes, il y avait aussi les discours, le plus attendu étant celui du nouveau président: l’homme qui sait tout et n’est au courant de rien.

Et il n’a pas déçu: il a été égal à lui-même, alignant les lieux communs insignifiants et les objurgations populistes comme un pro et comme d’habitude, si je peux risquer ici un inoffensif zeugma.

Annonçant une ère nationaliste inquiétante, un virage isolationniste troublant et la promotion d’un patriotisme alarmant, il a su se faire à la fois déconcertant et menaçant, pour ne pas dire terrifiant. Au moins, il savait de quoi il parlait en dénonçant la richesse et la cupidité des plus riches. Surtout que c’est parmi eux qu’il a jeté son dévolu pour former son cabinet.

Certes, il a dénoncé les méchantes élites, c’est gentil. Mais c’est un anathème un peu étonnant quand on se souvient que dans le fameux clip vidéo où il se vante de pouvoir empoigner les femmes quand il le veut, comme il le veut et là où il le veut, c’est justement ce statut «élitiste» qu’il invoquait pour se justifier!

Parce que, pour lui, le pouvoir, c’est la domination. Ses harangues contre les alliés américains qui ne sont pas à la hauteur de ses attentes, qui sont donc faibles, conjuguées à sa flagornerie à l’égard de Poutine, qu’il perçoit comme puissant parce qu’il est dominant, le démontrent clairement.

À quand les fiançailles des deux bullies?

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Cela dit, soyons quand même reconnaissants: cinq jours après son inauguration, il n’a toujours pas appuyé sur le fameux bouton nucléaire. Signe qu’il peut faire preuve de retenue.

Et soyons confiants: il ne reste que 1378 jours avant la prochaine élection présidentielle! Fiou!

Évidemment, ces jours-ci, les médias analysent chaque mot et chaque moue du nouveau président à la nanoseconde près. Tout nouveau, tout beau. Ils ne veulent rien manquer. Afin de mieux nous informer, bien sûr. On les croit sur parole. Mettons.

Mais ne soyons pas naïfs. Cela ne saurait durer éternellement. Surtout qu’à notre époque où les infos nous sont livrées en vrac sur le mode stroboscopique, les médias ne peuvent focaliser pendant des heures sur un même sujet. Chaque sujet est bousculé par le suivant à un rythme infernal.

Notre fascination pour Trump va donc finir par s’émousser. Un jour, un événement extraordinaire se produira et détournera notre attention. La vie est ainsi faite.

Mais comme Trump adore être sous les feux des projecteurs, on ne doute pas qu’il saura trouver le moyen de faire parler de lui quand même.

Et s’il fallait, Dieu nous en préserve, qu’un malheur ait lieu, on aimerait déjà être convaincu qu’il saurait réagir avec doigté et s’élever à la dignité de sa fonction.

Sinon, l’American Dream pourrait devenir le cauchemar américain!

En attendant, sortez le pop-corn: en direct de la Maison-Blanche, une nouvelle télé-réalité va commencer, intitulée «Le Sauveur est arrivé».

Surtout, ne ratez aucun épisode: votre vie en dépend!

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UN GRAND ACADIEN

Je ne saurais signer cette chronique sans rendre un modeste hommage à un grand patriote qui nous a quittés: Jean-Guy Rioux.

Difficile de renchérir sur son engagement communautaire remarquable tant il a été signalé et souligné avec justesse au cours des derniers jours.

Il a cru dans l’Acadie, dans sa force, dans son avenir, et il l’a démontré, discrètement mais efficacement, tout au long de sa carrière.

Il cherchait la vérité de l’Acadie sans jamais exiger que les projecteurs soient braqués sur lui. Il nous laisse l’exemple d’un citoyen qui n’a pas craint de braver l’inédit, de s’ouvrir au monde, et d’entraîner dans sa suite des jeunes et des moins jeunes de tous les horizons, afin que l’Acadie progresse et rayonne.

Il nous laisse un héritage fièrement incarné par sa fille Marie-Claude, une amie chère, et une personnalité acadienne de premier plan qui poursuit, à sa manière, l’œuvre de son père. Difficile de laisser un plus beau témoignage d’une foi profonde en son pays!

Han, Madame?