Un pépin, ç’a arrive à tout le monde

Nous nous étions donné rendez-vous au restaurant Cora de Dieppe, samedi à 9h30.

J’arrive à 9h32. D’autres clients attendent une place. J’explique à l’hôtesse que je viens rejoindre une amie, que je décris comme étant Noire, tout en étant archi-consciente de m’exprimer ainsi. Selon l’hôtesse, mon amie n’est pas encore là. J’attends donc à mon tour qu’une table se libère.

Une fois assise, je parcours le menu et regarde un peu autour de moi. Non loin par-devant, un homme attaque l’assiette sûrement la plus garnie du restaurant. Je me dis que ce pourrait être l’assassin qui a toujours faim du roman de Christiane St-Pierre.

À 9h47, j’en suis à essayer de me distraire avec rien. Pas de téléphone intelligent où plonger les yeux et j’ai déjà lu L’Acadie nouvelle. Une serveuse me demande si je veux quelque chose, d’accord, un verre d’eau en attendant. Je guette l’entrée où il y a un va et vient constant et toujours 5 ou 6 personnes en attente, mais mon amie n’arrive pas.

À 9h54, je commence à être un peu embêtée. Combien de temps vais-je rester là? Puis je constate que toutes les personnes présentes (de 60 à 70 personnes) sont de race blanche, sauf pour un ado asiatique. Difficile de trouver plus homogène que ça.

À 9h58, je suis frappée par le fait que je n’ai vu personne consulter son téléphone cellulaire. Je n’ai d’ailleurs pas vu un seul appareil, même posé sur une table à portée de main, par exemple. Moment rare.

À la serveuse venue débarrasser la table à côté je demande :

– C’est quoi la politesse? Comment longtemps qu’on est supposé d’attendre quelqu’un qui est en retard?

– À quelle heure qu’a devait arriver?

– À 9h30.

Elle réfléchit deux secondes.

– La politesse, c’est d’arriver à temps.

Forte de cette remarque, à 10h07 je me lève et m’en vais. En insérant la clé dans le démarreur, je vois tout à coup clignoter le numéro 28 – 28 – 28 sur l’écran de mon esprit.

Eh oui, j’étais exactement une semaine en avance.