Une victoire exigeante

Félicitations à la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) qui vient de gagner sa cause contre le gouvernement de la Nouvelle-Écosse sur le sujet de la suppression des circonscriptions acadiennes provinciales.

Je vous en ai déjà parlé en 2014, au début de cette longue procédure judiciaire, mais laissez-moi vous rappeler les faits: à la fin de 2012, le gouvernement néo-démocrate de Darrell Dexter effectuait un redécoupage de la carte électorale, abolissant ainsi les circonscriptions acadiennes «protégées» de Clare, d’Argyle et de Richmond. La province arguait que le redécoupage permettrait d’uniformiser la taille de toutes ses circonscriptions et la FANE soutenait que l’abolition de ces trois circonscriptions limitait le droit des Acadiens et des Acadiennes à élire un des leurs. En septembre dernier la Cour d’appel entendait les arguments des deux parties et cette semaine elle vient de donner raison à l’Acadie. On comprend la joie de la Fédération.

Personnellement, j’avais des réticences, en 2014, lorsque la poursuite a été entamée. Ce n’est pas que je doutais de la légitimité de la cause mais je craignais qu’une fois le jugement rendu, il serait trop tard pour corriger un redécoupage électoral qui serait déjà un fait accompli.

Aujourd’hui la problématique reste entière, de l’aveu même de la FANE qui, dans son communiqué, reconnaît qu’il faut maintenant, «en concertation avec le gouvernement provincial, réfléchir à la meilleure manière de rétablir une représentation acadienne effective à l’assemblée législative». Pas question, je suppose, de revenir à l’ancienne carte électorale et même si cela se pouvait, je doute que ce soit à l’avantage de la communauté acadienne. Clare, Argyle et Richmond sont des régions rurales qui, au fil des ans, se sont vidées de leur population acadienne active et il y a aujourd’hui plus d’Acadiens dans la région d’Halifax qu’ailleurs dans la province.

Alors, comment donner une voix effective à ces électeurs francophones? J’espère que la FANE et le gouvernement de la Nouvelle-Écosse y ont réfléchi, ensemble ou chacun de leur côté, en attendant la décision de la cour. Parce que, mis à part le fait que le jugement donne aux revendications de la minorité acadienne une légitimité indiscutable et force le gouvernement à agir, il n’offre aucune solution concrète au casse-tête.