De pire en «worse»

D’abord la tempête, le verglas et des situations difficiles voire catastrophiques pour certains d’entre vous. À distance, sans aucun recours, même pas moyen de rejoindre quiconque par téléphone, j’ai trouvé ça un peu dur. J’ai suivi les événements comme j’ai pu sur les réseaux sociaux (dans mon cas sur «le» réseau social, le seul que j’utilise) et j’ai été émerveillé par l’entraide et la générosité, touchée de réaliser (une fois de plus) comme l’Homme peut exhiber ce qu’il a de meilleur en cas de crise, quitte à passer outre aux querelles de clocher et repli sur soi qui caractérisent parfois son quotidien.

Juste quand je commençais à relaxer, en me disant que le «pire» était derrière vous dans le sud-est et dans la péninsule et que cette épreuve avait dû vous rendre encore plus forts et solidaires, le « worse » s’est produit à Québec, dans cette ville de carte postale, que je connais bien tant je l’ai arpentée de long en large dans ma jeunesse. Et là, malheureusement, l’entraide n’y changera rien et les six familles détruites ne se remettront pas de sitôt. Je crains aussi que l’élan d’émotion et de solidarité ne dure pas; que chacun referme les yeux sur les aspects les plus ténébreux et donc les plus dérangeants de nos sociétés et que les courants malsains qui se propagent en silence parmi une frange de nos concitoyens, où qu’ils vivent, ne sont pas à la veille de tarir. Vous aurez remarqué, que contrairement à la majorité de la population, les musulmans de Québec, n’ont pas paru trop surpris de l’attentat: de commentaires et gestes haineux jusqu’à l’horreur de cette semaine, il n’y a que quelques pas, franchis, de toutes évidences, avec aisance.

Quand un petit gars de Cap-Rouge, instruit et semble-t-il aisé, fait feu sur une foule de gens  parce qu’ils prient un Dieu qui n’est pas le sien ou pas acceptable à ses yeux, c’est que notre monde va bien mal et que nous devons inlassablement en chercher les raisons profondes et les contrer.

Alors, pour l’amour, ne disons pas «plus jamais ça» sans agir. Il nous revient individuellement, collectivement et à l’échelle de notre continent et du monde, d’œuvrer pour que la haine cesse.