Intolérance ordinaire

La terreur a encore frappé près de chez nous, la semaine dernière à Québec, lorsque des civils musulmans ont été assassinés.

Des vigiles à la chandelle ont rapidement été organisées et les réseaux sociaux ont été inondés d’appels à la solidarité.

Je suis rassuré de voir que l’on a encore la capacité de s’indigner, de pleurer, de hurler et de se recueillir lorsque des imbéciles tuent des innocents. C’est la preuve qu’il nous reste encore un brin d’humanité après toutes les tragédies des dernières années.

Mais je me dis aussi que tout ça ne servira finalement pas à grand-chose si la dénonciation de l’isolationnisme s’estompe après quelques jours.

Au final, on reviendra à la case départ si on ne s’attaque pas sérieusement à la xénophobie et au racisme latents et insidieux qui nous entourent.

Qu’on se le dise; l’Acadie du Nouveau-Brunswick est toujours sclérosée par le rejet de l’autre. On a fait du progrès, mais il nous reste encore du chemin à parcourir.

Combien souvent entendons-nous des proches, des amis ou même des inconnus tenir des propos désobligeants envers tel ou tel groupe minoritaire, s’en prendre aux nouveaux arrivants ou lancer des blagues racistes?

Et combien souvent restons-nous muets lorsque cela survient? Trop souvent, voilà la réponse. Elle est difficile à avouer.

On s’en lave les mains. Parce qu’on a mieux à faire, parce que ce n’est pas à nous de nous en mêler, parce que l’on ne veut pas se mettre des gens à dos.

On fait semblant de n’avoir rien entendu, ou alors on fronce les sourcils et on poursuit sa route.

En choisissant de fermer les yeux, on donne de l’oxygène à cette peur de l’autre, on lance le message aux racistes et aux xénophobes qu’ils peuvent continuer à polluer l’espace public et nos esprits à toutes petites doses et en toute impunité.

À nous de refuser de rester les bras croisés lorsque seront séchées les larmes pleurées pour la communauté musulmane de Québec, lorsque les chandelles seront éteintes depuis longtemps.