De chaleureux souvenirs

J’ai appris avec plaisir le retour de Claude Julien à la barre du Canadien de Montréal, mardi.

Claude Julien, je le connais depuis l’époque où il dirigeait les Olympiques de Hull à la fin du siècle dernier. C’était avant que Maxime Talbot puis Claude Giroux ne viennent ajouter quelques autres couches sur la grande histoire de cette organisation. Quelques années avant que l’équipe ne soit renommée les Olympiques de Gatineau en 2003.

Claude Julien était derrière le banc des Olympiques pendant la fameuse et spectaculaire finale de 1999. Une série que le Titan a remporté dans le septième et ultime match grâce à un but de Marc Bouchard.

Je me souviens encore très bien de nos deux longues conversations dans son bureau du Vieux-Bob (Centre Robert-Guertin). Dans ce temps-là, pendant les séries, je suivais les activités du Titan sur la route.

Et dans mes temps libres, quand je n’étais pas avec mes confrères en train de boire les croustillantes anecdotes de Marc Lachapelle sur une terrasse, j’étais dans la bureau de Claude Julien.

Je n’étais toutefois pas dupe. Claude Julien adore le Nouveau-Brunswick – il a vécu à Fredericton de 1983 à 1987, puis à Moncton en 1991-1992 – et il y a d’ailleurs rencontré celle qui partage aujourd’hui sa vie (Karen). Mais s’il m’invitait dans son bureau, c’était aussi dans le but de me soutirer des informations sur le Titan. Le plus drôle, c’est qu’il savait que je connaissais ses intentions et nous avons d’ailleurs blagué à ce sujet.

Je me souviens aussi qu’il s’amusait à comparer ses meilleurs éléments avec ceux du Titan. Il m’avait demandé, entre autres, si je croyais que Michael Ryder était supérieur à Mathieu Benoit, si Jiri Fisher était plus complet que Jonathan Girard, si Marty Johnston était un meilleur leader que Martin Fillion, etc. Il aimait beaucoup le potentiel de Radim Vrbata, qui connaît encore du succès dans la Ligue nationale. Et il adorait le guts d’un certain Roberto Bissonnette, une verte recrue âgée de 17 ans qui faisait ses débuts dans la LHJMQ.

Je n’ai jamais été un partisan des Bruins de Boston, mais j’étais heureux pour lui et Patrice Bergeron quand ils ont remporté la Coupe Stanley en 2011.

Et tandis que j’y suis, j’ai toujours été d’avis que Bob Gainey avait manqué un brin de jugeote et de classe en le congédiant à la mi-saison en 2005-2006, alors que le club jouait pourtant bien au-delà des attentes.

Mais ce n’est rien à comparer au coup de cochon que lui a fait Lou Lamoriello, l’année suivante, en le congédiant alors qu’il ne restait que trois matchs à disputer dans la saison. Les Devils de New Jersey montraient pourtant un dossier de 47-24-8 quand il s’est fait montrer la porte.

Cela dit, je ne peux m’empêcher d’avoir de la peine pour Michel Therrien. À l’évidence, Marc Bergevin et Geoff Molson ont laissé les joueurs, certains journalistes et l’opinion publique leur dicter la marche à suivre.

Parce que quoi que vous en pensiez, Michel Therrien a fait du bon boulot avec cette formation. C’est loin d’être facile de composer avec une ville peinturée hockey souffrant de bipolarité indécente.

Je vous rappelle que ces mêmes partisans trouvaient que Michel Therrien était «le plus meilleur» coach de l’univers avant la raclée de 10 à 0 subie aux mains des Blue Jackets de Columbus, le 4 novembre. Jusque-là, l’équipe avait récolté 26 points sur une possibilité de 28.

Quatre mois plus tard, même si l’équipe occupe toujours le premier rang de la division, plus de 80% des amateurs de hockey de Montréal estiment que Bergevin a pris la bonne décision en remplaçant Therrien par Julien.

Dans un mois, si l’équipe continue de s’enliser, ne soyez surtout pas surpris si ces mêmes partisans commencent à pester contre Julien et ont même le front d’aller raconter aux Ron Fournier, Jean-Claude Lajoie et autres animateurs de radio que la direction a commis une grave erreur en congédiant Therrien.

Ils sont fous ces Montréalais.