Bienvenue chez nous

Cette semaine, dans le bulletin de nouvelles de la CBC, j’ai été témoin d’un moment bouleversant, celui d’un réfugié, somalien je crois, qui traversait à pied la frontière entre les États-Unis et le Manitoba, en pleine nuit, alors qu’il gelait à pierre fendre.

Marchant comme un automate dans la noirceur la plus complète, il s’est laissé tomber dans la neige lorsque les feux de la voiture du journaliste se sont fixés sur lui et a aussitôt levé les mains en l’air. Ce moment-là m’a été insupportable. Où vivons-nous, me suis-je demandé, pour qu’un pauvre réfugié craigne qu’on lui tire dessus?

Un peu plus tard, il a confié au journaliste qu’il marchait depuis plus de 20 heures et qu’il ne savait pas où il était. Lorsqu’il a appris qu’il était bel et bien au Canada, il n’avait même plus l’énergie nécessaire pour s’en réjouir.

Ensuite, lorsque la GRC est arrivée on pouvait sentir sa terreur et il a fallu que le policier et le journaliste lui assurent qu’il était bien au Canada, pas aux États-Unis, pour qu’il accepte de monter dans la voiture de patrouille pour se rendre au poste de police.

On nous a dit, par la suite, que le jeune homme était en assez bonne santé et qu’il allait présenter sa demande de réfugié, comme tant d’autres depuis les dernières semaines. Je lui souhaite ardemment de réussir à rester chez nous.

Je savais bien (il faudrait vraiment ne s’informer de rien) que depuis l’arrivée du nouveau président à Washington, les réfugiés se pressent à nos portes, dans les Prairies et au Québec (et peut-être bientôt au Nouveau-Brunswick), mais le voir, c’est autre chose!

Ce soir-là, c’était un jeune homme, mais il y a aussi des femmes et des enfants qui risquent leur vie pour frapper à nos portes, des gens qui y laissent un pied, une main, certains qui peut-être ne se rendent pas jusqu’à nous, qui meurent en route et dont nous ne savons et ne saurons rien.

Le Canada est en train de devenir la Grèce des Amériques, au nom d’un clown qui traîne dans la boue l’idéal du Nouveau-Monde. Je ne sais pas ce que ça vous fait, mais moi j’enrage.