Le «message»

J’aimerais bien être une petite souris et me faufiler subtilement, sur la pointe de mes pattes, sans faire de bruit, dans un vestiaire d’une équipe de la Ligue nationale de hockey. Cachée dans mon coin, loin des regards des joueurs, je tendrais mes deux petites oreilles pour écouter le «message» de l’entraîneur-chef. Ce fameux «message».

Celui avec lequel on nous casse tant les oreilles quand une équipe va bien. Le «message» est compris par les joueurs. Le «message» passe entre l’homme derrière le banc et les attaquants, les défenseurs et les gardiens. Le «message» entre le pilote et ses joueurs vedettes.

Celui avec lequel on nous casse encore davantage les oreilles quand un entraîneur connaît des difficultés, jusqu’au moment où il perd son emploi. Comme c’est arrivé à Michel Therrien mardi. Et comme c’est arrivé à Claude Julien à Boston, une semaine avant lui.

Dans ce temps, tous les analystes n’ont pas besoin de chercher plus loin les raisons: le «message» ne passait plus dans le vestiaire. Le «message» n’était plus entendu des joueurs. Le «message» était devenu trop répétitif.

Pourquoi alors nous casser les oreilles avec des dizaines d’heures de télévision inutiles d’analyses et de suranalyses alors qu’il aurait suffi de nous dire dès le départ que le «message» ne passait plus? On aurait compris tout de suite, mardi et mercredi, sur ces chaînes spécialisées francophones montréalaises trop heureuses d’obtenir enfin un auditoire important à la suite du congédiement de l’entraîneur-chef du Canadien de Montréal.

On aurait économisé bien de la salive et encore davantage de commentaires insipides.

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Ouais, ce fameux «message»…

Pourtant, ces mêmes analystes nous répètent que les entraîneurs-chefs des 30 équipes de la LNH ont tous, à peu de chose près, le même «message» quand ils s’adressent à leurs joueurs: travailler fort dans les coins, donner son 110% (un classique!), terminer ses mises en échec, y aller d’un bon échec-avant, lancer la rondelle derrière les défenseurs, payer le prix, ne pas donner la ligne bleue à l’adversaire, se précipiter sur les retours de lancer, éviter d’obstruer la vue de ton gardien mais tout faire pour voiler le gardien adverse, garder les choses simples, sortir la rondelle du territoire par la bande, être discipliné, etc.

Donc, si je comprends bien, ils disent tous la même chose, mais pas de la même manière?

Si c’est le cas, comment expliquer que Claude Julien tiendra un «message» différent de Michel Therrien quand il va se présenter devant ses joueurs du Canadien pour le match de samedi après-midi, contre les Jets de Winnipeg?

Qu’on m’explique aussi pourquoi le «message» de Julien ne passait plus à Boston et qu’il sera nouveau à Montréal?

Même contenu, différent contenant? Est-ce assez? Faut-il croire alors que les joueurs professionnels de hockey ne sont pas très intelligents?

Je vous laisse en juger.

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Sans oublier cet autre classique de l’analyse sportive: autant Claude Julien que Michel Therrien ont «perdu leur vestiaire».

Comment peut-on «perdre» un vestiaire? Il me semble que c’est assez grand, non? Je veux bien croire qu’il s’agit de quatre murs, un toit et un plancher et que la plupart du temps, il est vide (même avec des joueurs à l’intérieur…), mais quand même!

Et encore là, on passe des heures à nous expliquer que «perdre un vestiaire», c’est-à-dire lorsque les joueurs se fichent de ce que peut dire leur entraîneur-chef, c’est la même chose que lorsque le «message» ne passe plus.

C’est vrai que dans de tels espaces vides, les mots peuvent se disperser et s’éteindre très rapidement. Que le fameux «message» se «perd dans le vestiaire». Oh… Songé, non?

Dans le fond, c’est à se demander pourquoi il y a des entraîneurs. Ils tiennent tous le même «message» et il finiront tous par «perdre leur vestiaire». Parce que d’une façon ou d’une autre, ils seront congédiés après quelques saisons.

Alors, je propose aux équipes de la LNH de prendre le meilleur, de l’enregistrer et de le passer en boucle avant les matchs. Et pour les portes, il y a toujours les adjoints. Faut bien qu’ils servent à quelque chose, non?

Les sous-entendus

Eric Lindros

Intriguant, le documentaire sur Eric Lindros présenté sur les ondes de RDS en début de semaine. Beaucoup de non-dits. Beaucoup de sous-entendus.

Que Lindros ne veuille pas jouer à Québec en raison de la présence d’une personne – tout le monde a rapidement compris qu’il s’agissait de Marcel Aubut, le propriétaire, même s’il ne l’a jamais nommé – ajoute une dimension humaine insoupçonnée et étrange à cette saga qui a privé les Nordiques d’un joueur d’impact pendant de nombreuses saisons.

Connaissant la suite des événements, il nous est permis de penser qu’il est survenu quelque chose d’important – et de très grave – entre la famille du numéro 88 et ce propriétaire au comportement particulier. Quoi au juste? Là, personne ne veut déterrer les morts, laissant place du coup à toute l’imagination possible… et tordue.

Sauf qu’on s’entend probablement tous pour dire que ce n’est pas seulement parce que Aubut, dont les agissements malotrus sont connus depuis belle lurette, a roté ou pété à la table des Lindros.

D’ailleurs, beaucoup ont fait des liens entre Bonnie Lindros, la mère d’Eric qui détestait à s’en confesser le grand patron des Fleurdelysés, et toutes ces allégations d’un comportement déplacé et à répétition du célèbre avocat auprès de la gent féminine quand il a ensuite pris les rênes du Comité olympique canadien, dans les années 2000. Un plus un égale deux…

«Trop» facile, quelque 27 années plus tard?

L’animateur Stéphane Langdeau, de l’AntiChambre à RDS, a même dû s’excuser en ondes, mardi, pour avoir fait ces parallèles la veille quand il a reçu Lindros sur le plateau de son émission.

Saurons-nous la vérité un jour? J’en doute fort.