Les lépreux

Au Nouveau-Brunswick, on a tendance à traiter l’alcool comme si c’était de l’uranium ou de l’anthrax. J’exagère à peine. Ça me dépasse.

La veille du jour de l’An, en début de soirée, je suis allé faire un tour avec des amis au concert organisé en bordure de la Petitcodiac (au centre-ville de Moncton) dans le cadre du 150e du Canada.

En arrivant, on s’est rendus du côté wet pour aller se chercher de quoi boire. L’espace clôturé était situé on ne peut plus loin de la scène. Et puis la vue était bloquée par le chapiteau abritant les techniciens de son. La totale.

Après avoir payé ma bière, je me suis retourné et j’ai réalisé que l’on ne pouvait pas sortir de là avec un verre à la main.

On a donc calé nos bières afin de se rapprocher de Joseph Edgar, qui se faisait aller le trémolo sur scène pendant que ses musiciens essayaient tant bien que mal de combattre l’hypothermie.

Je me suis souvent retrouvé dans des situations semblables – absurdes et qui embêtantes – lors d’événements culturels au Nouveau-Brunswick.

Chaque fois que ça m’arrive, je me dis qu’on fait les choses à l’envers et qu’on devrait revoir notre approche.

Prenez Bruxelles, en Belgique. Depuis plus de dix ans, des «apéros urbains» hebdomadaires sont organisés chaque vendredi dans une place différente, de mai à septembre.

J’ai assisté à l’un de ses événements en 2010. C’était tout à fait remarquable… et très simple.

Des centaines de personnes prenaient un verre sur une place publique pendant que des DJ se produisaient en spectacle. La sécurité était minimale. Il n’y avait pas d’enclos et les policiers se faisaient discrets. Une tente de soins médicaux était là, au cas où.

Et vous savez quoi? Ces gens que l’on traitait comme des adultes se comportaient convenablement.

Un de ces quatre, on cessera peut-être de traiter les buveurs de bière comme des lépreux. Peut-être…